Chirurgie : 54 hôpitaux menacés

Publié le 05/07/2010
Les services de chirurgie et de maternité dont l'activité est jugée trop faible pour garantir la sécurité des patients sont menacés de fermeture à terme par des décrets gouvernementaux en préparation.
Chirurgie : 54 hôpitaux menacés
Chirurgie : 54 hôpitaux menacés
Les services de chirurgie et de maternité dont l'activité est jugée trop faible pour garantir la sécurité des patients sont menacés de fermeture à terme par des décrets gouvernementaux en préparation.

© Vosges Matin, Lundi le 05 Juillet 2010 / France

Le ministère de la Santé considère que dans les hôpitaux qui pratiquent moins de 1 500 opérations par an, la sécurité des soins n'est pas assurée. Photo d'archive

Des décrets, qui seront publiés fin juillet début août, doivent fixer à 1 500 personnes opérées par an le seuil d'activité en dessous duquel les services hospitaliers de chirurgie seront menacés de fermeture, a expliqué hier le ministère de la Santé.

Ce seuil ne deviendra effectif qu'à partir de 2012 et s'appuiera sur une moyenne établie sur les trois années précédentes (2009-2010-2011), a précisé le ministère, qui s'est donc déclaré dans l'impossibilité de déterminer à l'heure actuelle le nombre d'établissements qui seront concernés.

De même il a expliqué qu'il ne pouvait pas confirmer la liste des 54 services hospitaliers menacés, publiée hier par le Journal du dimanche (JDD), qui s'appuie sur les années 2007-2008-2009.

Le journal cite par exemple les services de chirurgie de Paimpol (Côtes-d'Armor), Douarnenez (Finistère), Clermont (Oise), Péronne (Somme), Hazebrouck (Nord), Issoire, Ambert, Thiers, Riom (Puy-de-Dôme), Cavaillon (Vaucluse) ou encore Lannemezan (Haute-Pyrénées).

Le gouvernement laisse un sursis pour les services de chirurgie ayant opéré entre 1.050 et 1 500 personnes par an, qui disposeront de trois ans pour améliorer leur activité ou s'associer avec un autre établissement, public ou privé, pour se maintenir.

Les Agences régionales de Santé (ARS) sont chargées d'identifier les situations qui seront problématiques et voir comment aider les établissements à se réorganiser, par exemple.

A terme, certains services de chirurgie pourraient être reconvertis dans d'autres activités, obligeant les patients des petites villes ou des zones montagneuses à aller encore plus loin pour se faire opérer.

Mais pour le ministère, «les gens ne veulent plus se faire soigner dans les petits hôpitaux», et «les médecins ne veulent pas non plus y rester», obligeant les directeurs d'établissement à recruter des médecins «mercenaires», qui exigent d'être payés à des tarifs très élevés pour assurer la continuité des soins.

Les décrets en préparation prévoient des dérogations: les centres de lutte contre le cancer ne sont pas concernés, ainsi que les services de gynécologie qui font plus de 100 opérations de gynécologie par an.

Ces décrets visent à garantir la sécurité des gestes pratiqués, plusieurs études ayant montré notamment qu'en dessous de 1 500 personnes opérées par an «la sécurité des soins n'est pas assurée», a expliqué le ministère.

«Lorsque les médecins opèrent peu, le geste est moins sûr», a expliqué au JDD Jean Leonetti, président de la fédération hospitalière de France (FHF) et vice président du groupe UMP à l'Assemblée nationale.

Mais pour Martin Malvy, président de l'Association des petites villes de France (APVF), cette annonce est «une menace sur l'offre de soins pour 2 millions de nos concitoyens».

«Affirmer que nos concitoyens peuvent se déplacer pour une appendicite ou une cataracte, peut à la limite s'entendre. Pour un infarctus, une hémorragie cérébrale ou un accident, cela est aberrant», a-t-il déclaré.

Bernard Sagez (CFDT santé sociaux) a estimé aussi que «ce n'est pas seulement la quantité d'actes qui fait la qualité d'un service», craignant que cette mesure «offre une ouverture au niveau des établissements du privé lucratif, qui eux ne font que de la comptabilisation d'actes».

Jean Leonetti a affirmé au contraire que «les partenariats entre établissements publics» seraient privilégiés, plutôt que l'association établissements publics-cliniques privées.