Chômage : ballon d'essai de Le Maire

Publié le 04/09/2011
2012 En charge du projet présidentiel de l'UMP, le ministre de l'Agriculture s'en prend à l'indemnisation des cadres
Chômage : ballon d'essai de Le Maire
Chômage : ballon d'essai de Le Maire
2012 En charge du projet présidentiel de l'UMP, le ministre de l'Agriculture s'en prend à l'indemnisation des cadres

© L'Est Républicain, Samedi le 03 Septembre 2011 / Ouverture France-Monde 
Bruno Le Maire, en charge du projet présidentiel de l'UMP pour 2012. Photos Alexandre MARCHI

L'UMP A REMIS EN CAUSE cette semaine les allocations chômage des cadres, pourtant gros contributeurs des caisses de l'assurance chômage, s'attirant les foudres des syndicats, du patronat et de la gauche. Les partenaires sociaux en particulier, seuls responsables du régime de l'assurance chômage, ont peu apprécié l'assaut du ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, en charge du projet présidentiel de l'UMP pour 2012, contre le dispositif d'indemnisation. « Pouvons-nous garder un dispositif d'indemnisation du chômage parmi les plus généreux au monde, en particulier pour les cadres à hauts salaires ? », s'est-il interrogé. Déjà en janvier le président de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale l'UMP, Pierre Méhaignerie, avait regretté que la France fût « le seul pays à offrir 23 mois » d'indemnités (24 mois depuis mai) « sans dégressivité », allant dans certains cas jusqu'à « 5.800 EUR». Laurent Berger, secrétaire national de la CFDT est catégorique : « L'indemnisation des cadres, c'est un non-sujet, une non-source d'économies et c'est démago. On parle de moins de 0,5 % des indemnisés, et ces gens-là contribuent aux finances de l'Unedic. Si on les fait sortir de la solidarité nationale, en modifiant le système d'assurance en fonction des contributions, ils n'auront plus aucune raison de rester ».

Sur plus de 2 millions de personnes indemnisées par l'assurance chômage, « 1.000 ou 1.500 » touchent le plus haut montant possible d'indemnisation, 6.624 EUR bruts par mois, selon l'Unedic. La moyenne versée aux cadres au titre du chômage était fin 2010 de 2.631EUR bruts par mois. Or, comme le souligne Marie-Françoise Leflon, de la CFE-CGC, les cadres sont davantage contributeurs à l'assurance chômage que consommateurs d'indemnités : « Les cadres cotisent à concurrence de 30 % à l'assurance chômage et ils n'en sont utilisateurs qu'à concurrence de 18 % ».

Parisot : « Tout le monde serait perdant »

Aussi la présidente du Medef Laurence Parisot a-t-elle souligné hier sur Canal + que « tout le monde serait perdant » si l'on baissait les allocations chômage des cadres, car par souci de justice, « il faudrait aussi symétriquement baisser leurs cotisations »... Le taux de cotisation des cadres est celui de tout salarié : 2,4 % du salaire brut auquel s'ajoutent 4 % des employeurs.

Pour sa part, le n° 1 de la CGT, Bernard Thibault, a fustigé sur France Info une « majorité qui s'efforce par tous les biais de créer des clivages entre salariés : entre jeunes et anciens, entre cadres et ouvriers... »

A huit mois de la présidentielle, le PS est monté au créneau, démentant que la France ait un dispositif « parmi les plus généreux au monde » et citant en exemple en Europe « les pays nordiques et l'Allemagne (qui) indemnisent souvent mieux le chômage que la France ». Marie-Françoise Leflon, de la CFE-CGC insiste : « Il y a des pays qui ont des systèmes d'indemnisation à 80 % », contre 57,4 % pour les revenus les plus élevés en France. « Leur système est généreux mais leur service de l'emploi est plus compétitif », souligne-t-elle. « Et une autre approche consisterait à savoir comment créer de l'emploi ! Qui dit emplois dit davantage de cotisations et moins d'indemnisations... »

Les syndicats s'offusquent par ailleurs que Bruno Le Maire s'attaque à un système assurantiel, « qui est de la responsabilité partenaires sociaux ». « Nous avons décidé de travailler dans les deux ans sur le système d'assurance, le niveau des cotisations, celui des contributions, les droits rechargeables. Qu'ils nous laissent travailler ! », a lancé Laurent Berger.