Comment compter les manifestants

Publié le 02/10/2010
Huissiers, cellules photoélectriques, caméras, autorité indépendante : les alternatives aux méthodes de comptage des manifestants existent mais suscitent les réserves de la police et des syndicats
Comment compter les manifestants
Comment compter les manifestants
Huissiers, cellules photoélectriques, caméras, autorité indépendante : les alternatives aux méthodes de comptage des manifestants existent mais suscitent les réserves de la police et des syndicats

© L'Est Républicain, Samedi le 02 Octobre 2010 / Ouverture France-Monde

A Albi, le 23septembre, la police avait demandé à un huissier de compter es manifestants. Résultat: 4.380 manifestants selon l'huissier, 4.200 selon la police, 20.000 selon les syndicats. Le 28 mai 2006 à Grenoble lors d'une manifestation anti-CPE, un huissier mandaté par M6 avait abouti à 24.000 manifestants (26.000 pour la police, 60.000 pour les organisateurs).

Trois ans auparavant, le 10 juin 2003 également à Grenoble, un journaliste de l'AFP avait demandé à Blue Eye Video (BEV), une PME spécialisée, de tester un logiciel de capture d'images qui avait dénombré 21.000 manifestants (14.000 pour la police, 60.000 pour les syndicats). «Aujourd'hui, dit Pierre-Jean Rivière, patron de BEV, cette technologie permet de compter avec une marge d'erreur de 15 à 20 %».

Autre technique, le comptage par cellules photoélectriques disposées sur des points de passage. Le 31 janvier 1999, lors d'une manifestation anti-PACS à Paris, ce système avait abouti au chiffre de 98.000 personnes (100.000 pour la police).

Dernière méthode, la constitution d'une commission indépendante chargée de délivrer un chiffre incontestable. Cette arlésienne, apparue dans les années 80, revient régulièrement dans les propositions, sans grand succès.

En mai 2006, Nicolas Sarko²zy, alors ministre de l'Intérieur, avait annoncé la constitution d'un groupe de représentants des médias, des organisations professionnelles et de policiers, pour lui faire des «propositions d'améliorations». Un souhait resté lettre morte.

Le ministère de l'Intérieur a assuré que «les méthodes de comptage de la police sur le plan national sont précises et fiables et que la police bénéficie d'un faisceau d'indices permettant de s'assurer de la fiabilité de ses décomptes».

La préfecture de police (PP) de Paris, ajoute-t-on, a observé le 23 septembre que le nombre des cars de manifestants était inférieur d'un tiers à celui des manifestations précédentes. La PP a ainsi dénombré 65.000 manifestants à Paris le 23 septembre, 15.000 de moins que le 7 septembre.

Le secrétaire général de la CFDT François Chérèque a émis l'idée hier sur RTL qu'«un organe de presse, pourquoi pas RTL ou un journal, décide de compter». Dans une interview au quotidien Métro, le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a lui proposé au gouvernement de «laisser les médias survoler et filmer les défilés».

«Je suis convaincu que le gouvernement a le comptage exact des manifestants», mais «minimise les chiffres par sa communication», a-t-il ajouté.