Coup de frein à une Clio turque

Publié le 13/01/2010
Le directeur général de Renault Patrick Pelatat est convoqué aujourd'hui par le ministre de l'Industrie Christian Estrosi, pour qu'il s'engage à produire la Clio 4 en France.
Coup de frein à une Clio turque
Coup de frein à une Clio turque
Le directeur général de Renault Patrick Pelatat est convoqué aujourd'hui par le ministre de l'Industrie Christian Estrosi, pour qu'il s'engage à produire la Clio 4 en France.

Mercredi 13 Janvier 2010, © L'Est Républicain / FRANCE

Christian Estrosi a appelé hier à lutter contre toutes formes de délocalisation. Sera-t-il entendu par le patron de Renault, Carlos Ghosn ?
Renault a beau démentir depuis vendredi la rumeur d'une possible délocalisation en Turquie de sa future Clio 4, le gouvernement veut des explications et des engagements. « Quand on est actionnaire, on ne reste pas les bras ballants », faisait observer hier sur France 2 le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi. Il a convoqué aujourd'hui le directeur général de Renault, Patrick Pelatat, pour une séance d'explication.
« Nous ne pouvons plus accepter ce type de délocalisation », se fâche-t-il. « J'ai fait savoir à Renault que, si c'était vraiment leur intention, je n'y étais en rien favorable... »
Car après avoir volé à son secours avec un chèque de 3 milliards d'euros l'an dernier et mis sur la table « 150 millions d'euros pour construire la Renault électrique à Flins, plus 100 millions d'euros pour construire la chaîne de batteries pour véhicules électriques », le gouvernement estime que le constructeur dont il détient encore 15,1 % du capital doit donner des gages.

Ligne rouge


S'il ne continuait pas à construire la Clio en France, mais en concentrait à l'avenir toute la production en Turquie aux coûts moins élevés, il n'honorerait plus ses engagements de maintien de ses emplois et de ses capacités industrielles en France, et romprait alors le pacte passé avec l'Etat. « Lorsque l'on vend une voiture Renault en France, et Renault c'est un nom français, c'est une marque française, on ne la produit pas à l'étranger », insiste-t-il, « convaincu » néanmoins d'arriver à se « faire entendre ».
« Il faut que Renault connaisse ce qui est pour nous la ligne rouge absolue, parce qu'ils se sont engagés sur le Pacte automobile. Elle est simple : aucune fermeture de site, aucun licenciement », complète Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat à l'Emploi.
« On s'est battu pour que la voiture électrique soit produite à Flins. Mais avoir la voiture électrique ne veut pas dire qu'on peut accepter d'abandonner la production de la Clio ».
Cette mise en garde du gouvernement à Renaut s'effectue dans un climat de plus en plus tendu. Avant-hier le PS critiquait le « nouvel exemple de l'inefficacité de la politique gouvernementale » que représentait le cas Renault, et poussait le gouvernement « à ne pas se comporter en observateur impuissant », mais à « agir et peser » pour que Renault renonce à son projet de délocalisation.

Les pressions des syndicats


Les syndicats ne sont pas en reste. Ils font pression pour que le gouvernement impose à Renaut, qui a précédemment délocalisé sa Twingo en Slovénie, le maintien de la Clio en France. Son départ de Flins serait « inacceptable » pour la CFDT : « Renault s'est engagé en 2009 à ne pas fermer d'établissement en France », rappelle-t-elle. « Délocaliser au lieu de fermer ? Il s'agirait là pour Renault de jouer sur les mots, et par un tour de passe-passe, de gruger Etat et partenaires sociaux ». La CFE-CGC pousse l'Etat à ne pas tomber dans « ce qui pourrait devenir un marché de dupes » : « Malgré les garanties prises par l'Etat et la direction générale de Renault sur la non-fermeture de sites français pendant la durée de l'emprunt, le constructeur réduit de manière insidieuse les effectifs de ses sites de production », relève-t-elle, alors que « depuis 5 ans, le volume de production réalisée en France est passé de 46 à 25 % ».


 

Jean-Louis DENES