Décryptage focalisé sur l'âge de départ et la durée de cotisation, le débat a été bâclé

Publié le 21/10/2010
Ce qu'on ne vous dit pas
Décryptage focalisé sur l'âge de départ et la durée de cotisation, le débat a été bâclé
Décryptage focalisé sur l'âge de départ et la durée de cotisation, le débat a été bâclé
Ce qu'on ne vous dit pas

L'Est Républicain, Jeudi le 21 Octobre 2010 / France-Monde

 

Âge. Entre sourire et grimaces. 1983 : retraite abaissée à 60 ans. Mais sans garantie de taux plein, garanti à 65 ! 1994 : la durée de cotisation passe de 37,5 ans à 40 ans. 2003 : Fillon pousse les feux. Ce sera 41 ans. 2010 : 62 ? 65 ? 67 ? Tiercé perdant pour les jeunes lycéens et étudiants d'aujourd'hui : ils entrent dans la vie active au plus tôt à 27-28 ans.

Assiette. Le financement des retraites repose sur les cotisations des actifs, salariés et employeurs. Il devient insuffisant compte tenu du « papy-boom », nous explique-t-on. Et du chômage (donc moins de cotisants) qui se maintient à un niveau élevé. Des pistes pour élargir l'assiette ? Retraités, revenus du capital. Question de curseur. Et de courage politique.

Calendrier. Lancée au printemps, bouclée à l'automne ? Un délai extrêmement court, ne laissant quasiment aucune place à la négociation. À la différence de ses voisins européens, dont l'Allemagne ou la Suède.

Décote. Balladur avait tapé fort en 1993 : 10 % par année de cotisation manquante au moment du départ à la retraite. Ramenée à 5 % dans le projet Woerth. L'une des plus dures d'Europe.

Départs. Le taux d'emploi des 55-64 ans en France est l'un des plus faibles d'Europe. Sans que cela favorise l'embauche de jeunes.

Europe. Globalement on assiste à un report de l'âge légal et un allongement de la durée de cotisation. Mais le calendrier et les conditions varient d'un pays à l'autre. Le paquet cadeau français, qui conjugue plusieurs paramètres restrictifs apparaît comme l'un des plus sévères.

Femmes. Les grandes victimes enfants, carrière heurtée. Surtout : à situation égale, leur salaire reste inférieur à celui des hommes. Donc cotisations plus basses.

Fillon. La réforme Sarko-Woerth ne tombe pas du ciel. Les grands principes figurent déjà dans la réforme Fillon de 2003. La surprise réside plus dans la volte-face présidentielle que dans la réforme elle-même. Juste un coup d'accélérateur en somme.

Gauche. Rapport Charpin en 1999, création d'un fonds de réserve par Jospin. Qui ne se risque pas de réformer un système pourtant réputé à bout de souffle.

Paramètres. L'âge de départ et la durée de cotisation ? Les arbres qui cachent la forêt. Pour durcir le régime des retraites on peut aussi jouer sur la valeur du point, sur le montant du salaire de référence, sur le plafond de la Sécu : il a quasiment doublé en 25 ans (2.885 EUR aujourd'hui).

Pénibilité. La question est à peine effleurée. Définir des critères objectifs reposant sur un large consensus demande du temps. Oblige à regarder les conditions de travail, et notamment des futurs seniors qui resteront au travail jusqu'à 67, voire 70 ans, et les régimes spéciaux qui ne seront pas touchés dans l'immédiat par le report de l'âge légal...

Régimes. On en dénombre au moins une centaine, gérés par plus de 400 caisses. Une usine à gaz.

Remplacement (taux de) : le rapport entre le montant de la retraite et la dernière rémunération perçue est à la baisse. Mais le PIB devrait continuer à croître. Cherchez l'erreur.

Répartition. La chronique d'une mort non annoncée (lire ci-dessous). Question de choix de société.

Syndicats : La réforme de la représentativité exige de peser 10 % dans les élections professionnelles locales et afficher un taux de 8 % au plan national. D'où les craintes et surenchères. L'unité de façade entre CGT et CFDT ne doit pas faire oublier les tensions au sein de la première entre une base radicale et une direction plus réformiste, et la seconde, qui a signé la réforme Fillon en 2003.

Philippe RIVET