Dejan Terglav - Secrétaire fédéral FGTA-FO

Publié le 10/04/2011
« Le mouvement dépasse la question des salaires. D'ailleurs le 21 juin, nous nous inviterons à l'AG des actionnaires ».
Dejan Terglav - Secrétaire fédéral FGTA-FO
Dejan Terglav - Secrétaire fédéral FGTA-FO
« Le mouvement dépasse la question des salaires. D'ailleurs le 21 juin, nous nous inviterons à l'AG des actionnaires ».

© L'Est Républicain, Dimanche le 10 Avril 2011 / France-Monde 
 

Comment qualifiez-vous ce mouvement lancé avec la CFDT et la CGT ? 
C'est un vrai succès, très exceptionnel et je pense même unique dans la grande distribution. Nous avons sur certains sites atteint des taux de grévistes rares allant jusqu'à 85 % comme à Besançon-Chalezeule. Cela signifie que nos revendications ne sont pas si folles que ça. Pour recueillir un tel écho, elles sont vraiment justifiées.

Les propositions de hausse des salaires de 1 % en mars et 1 % en octobre ont mis le feu aux poudres. A titre d'exemple, combien gagne une caissière ? 
La grosse majorité d'entre elles gagnent entre 800 et 900 EUR bruts. Comment peut-on vivre décemment avec de tels revenus ? Une fois le loyer et tout ce qui va avec payés, vous ne pouvez plus rien faire. Et alors que les actionnaires vont encore empocher des milliards, on nous propose 1 % d'augmentation en deux fois ! Qu'est-ce que vous voulez qu'une caissière fasse avec 5 EUR de plus ? Je précise que nous réclamons aussi une augmentation en une seule fois.

La direction a annoncé la réouverture des négociations... 
Il est clair qu'avec ce mouvement, on a établi un rapport de force. Mais il faut voir que ce mouvement dépasse la simple question des salaires, c'est toute la politique de Carrefour qui est en cause.

C'est-à-dire ? 
10.000 emplois supprimés en 5 ans sur le groupe et ça continue. Un nouveau modèle opérationnel lancé, qui supprime des postes, généralise le travail de nuit. Des séquences de travail coupées, du coup il n'y a plus de tâches valorisantes, et tout le monde est payé au niveau 1. On automatise les caisses, on supprime les balances aux fruits et légumes qui pouvaient faire des emplois pour les personnes handicapées. Les horaires des employés changent tous les jours. Une femme seule, qui travaille jusqu'à 22 heures et le samedi, que lui reste-t-il une fois la nourrice payée ?

Les conditions sont-elles comparables dans les autres enseignes ? 
Il y a pire. L'une propose 0,9 % d'augmentation. D'autres se contentent d'appliquer les minima de branche. Comme souvent le délégué est seul, pour les négociations c'est difficile... Cela dit, ce n'est pas parce qu'il y a pire que l'on va s'aligner. Nous, on voudrait conserver chez Carrefour une avance sociale.

Marie-Hélène VERNIER