Diplomatie : la politique étrangère de la France sans cap

Publié le 24/02/2011
Erreurs, faux pas et malaise
Diplomatie : la politique étrangère de la France sans cap
Diplomatie : la politique étrangère de la France sans cap
Erreurs, faux pas et malaise

L'Est Républicain, Jeudi le 24 Février 2011 / Ouverture France-Monde

 


Conduite par Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie, la politique étrangère de la France traverse une passe calamiteuse. Et, la diplomatie traditionnellement objet de consensus, est devenue l'enjeu de tous les débats politiciens.

«Aujourd'hui il est clair que la diplomatie française n'existe plus», a tranché hier la première secrétaire du parti socialiste, Martine Aubry. La veille, Bernard Debré, député du parti présidentiel UMP, avait réclamé «un remaniement pour la dernière ligne droite» avant la présidentielle de 2012, notamment pour régler «le problème de la politique étrangère».

Crise de confiance

De fait, les diplomates semblent naviguer à vue: refusant d'être des boucs émissaires, certains exposent dans la presse leurs critiques et, la France donne l'impression, révolution après révolution, de manquer le train des changements dans le monde arabe.

«Amateurisme», «impulsivité»... En accusant le président Nicolas Sarkozy et son entourage d'être responsables de multiples «déboires» en Tunisie, Égypte ou au Mexique, plusieurs diplomates anonymes ont traduit dans une tribune publiée mardi par Le Monde un malaise palpable à Paris comme dans les ambassades depuis plusieurs mois. Tribune qualifiée de «Tract politique»par Henri Guaino, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. Cependant, Le syndicat CFDT, majoritaire au Quai d'Orsay, leur a apporté son soutien en appelant «à retrouver sans délai une politique étrangère lisible, crédible».

«Que ce soit notamment dans le cadre de l'Union européenne, à l'ONU, au G8, au G20, en Afrique, au Proche et Moyen-Orient, la politique étrangère menée par le président de la République est claire, ambitieuse, courageuse et efficace», a répliqué la chef de la diplomatie française, en voyage au Brésil.

«Repeindre en noir le bilan du président de la République est une vraie et profonde erreur», a renchéri le ministre des Affaires européennes, Laurent Wauquiez, cité comme un possible successeur de Michèle Alliot-Marie. La question de la démission de cette dernière «ne se pose pas», a toutefois asséné le porte-parole du gouvernement, François Baroin.

La crise de confiance de l'appareil diplomatique, accompagnée d'une crédibilité en net fléchissement, survient au plus mauvais moment, alors que la France est à la fois présidente du groupe des huit pays les plus industrialisés (G8) et de celui élargi aux puissances émergentes (G20). Pour la Tunisie, comme pour l'Égypte, le positionnement de la France s'est fait avec retard, sans empathie avec un vaste mouvement novateur de liberté. Sur la Libye, Nicolas Sarkozy a durci le ton hier en demandant des «sanctions concrètes» de l'Union européenne.

Maladresses

Accumulant les maladresses, Michèle Alliot-Marie a concentré tous les reproches après son offre d'une coopération sécuritaire à l'ex-président Ben Ali et des vacances controversées en fin d'année en Tunisie, alors que la révolte avait commencé.

Parmi les derniers faux pas, un dérapage verbal de l'ambassadeur français en Tunisie, Boris Boillon, qualifiant de «débile» une question d'une journaliste à Tunis, l'a contraint à d'humiliantes excuses.

Nicolas Sarkozy a aussi été critiqué pour avoir provoqué une crise diplomatique majeure avec le Mexique dans l'affaire Florence Cassez, cette Française condamnée à 60 ans de prison pour complicité d'enlèvements. Un «déni de justice», selon Paris.