Editorial - Crédibilité

Publié le 04/09/2010
Un tabou a été brisé. Les syndicats ont toujours eu pour règle, quelle que soit la couleur du gouvernement, de ne pas porter de jugements sur le choix des ministres en charge des dossiers sociaux, les rapports de forces devant l'emporter sur les rapports personnels.
Editorial - Crédibilité
Editorial - Crédibilité
Un tabou a été brisé. Les syndicats ont toujours eu pour règle, quelle que soit la couleur du gouvernement, de ne pas porter de jugements sur le choix des ministres en charge des dossiers sociaux, les rapports de forces devant l'emporter sur les rapports personnels.

Bernard Thibault et François Chèrèque, à la veille de la grande journée de protestation contre la réforme des retraites, ont surpris en tenant des propos qui disqualifient le ministre du Travail en place.

Si les leaders de la CGT et de la CFDT agissent ainsi de concert, c’est que de bonnes raisons les y incitent. Pour la première fois depuis qu’il fait l’objet de soupçons quant à la confusion de ses anciennes fonctions de trésorier du parti présidentiel et de ministre du Budget, Eric Woerth a été pris en défaut de mensonge ou à tout le moins de dissimulation. La crédibilité politique du ministre qui a la charge de « porter » une réforme essentielle pour le président – mais aussi pour des millions de Français ! – a été ainsi fortement entachée.

Cela pourrait présenter l’avantage, du point de vue syndical, de fragiliser la position gouvernementale. Le PS hésitait ces derniers temps à demander sa démission précisément pour cette raison. Mais, en même temps, un ministre du Travail dont la parole devient sujette à caution n’est pas le meilleur partenaire de négociation. D’autant qu’il va être davantage encore préoccupé par sa propre défense. Immanquablement il doit être à nouveau interrogé par la police. En pleines négociations ? Au cours du débat parlementaire ? Cela ferait désordre.

Il y a sans doute aussi une part de calcul dans les propos de Bernard Thibault et François Chèrèque. Ils appuient là où ça fait le plus mal pour un pouvoir contraint à une solidarité de façade avec le ministre du Travail, mais qui s’efforce, en catastrophe, d’infléchir son dispositif. C’est ainsi que François Fillon sera l’invité, jeudi prochain, de la grande émission de France 2 « A vous de juger » alors que, semble-t-il, Eric Woerth avait été d’abord pressenti. Si ce flottement du camp gouvernemental pouvait permettre de retarder les échéances parlementaires de la réforme, ce serait évidemment un point positif pour des syndicats qui veulent croire à une mobilisation longue à partir du 7 septembre.

Si les délais devaient quand même être tenus, l’inconvénient majeur resterait, pour les syndicats, de voir un enjeu social tel que l’avenir des retraites continuer à être pollué sans cesse par les péripéties politico-judiciaires autour du sort du seul ministre du Travail.

Jean-Michel HELVIG.
Publié le 04/09/2010 (RL - Temps forts)