Editorial

Publié le 08/12/2009
Réformisme
Editorial
Editorial
Réformisme

C’est un euphémisme de dire que le syndicalisme est en pleine mutation. Le monde change à vitesse sans cesse accélérée et les organisations représentatives des salariés en sont réduites à un triste constat qui les pousse au changement sous peine de décliner inexorablement : avec dix pour cent d’adhérents, la France connaît le taux de syndicalisation le plus faible d’Europe. Cette anorexie se traduit par une forme de schizophrénie observable à la vigueur relative de l’action syndicale dans les secteurs protégés et à une atonie caractérisée dans le privé. Le comble étant le cas de France Télécom qui, à cheval entre les deux cultures, a révélé des syndicats en perte de repères face à une gestion pour le moins particulière des ressources humaines, pour parler poliment.

Quand des salariés ne trouvent d’issue que dans le suicide, cela invite certes à s’interroger sur la sauvagerie des relations sociales contemporaines, où le rapport de forces a tellement penché en faveur du capital que tous les moyens sont bons pour favoriser le retour sur investissement. Mais cette nouvelle jeunesse des lois de la jungle démontre en creux la faiblesse du syndicalisme français qui, faute d’implantation sérieuse et de représentativité là où l’avenir économique et social se définit vraiment – le privé, les petites entreprises, les travailleurs indépendants, les femmes, les jeunes – en est presque réduit lui-même à accompagner l’atomisation du salariat.

Les principales organisations ont réagi à ce risque en prenant de façon plus ou moins assumée le tournant réformiste que favorisa, il y a une vingtaine d’années, le déclin du Parti communiste. La CFDT l’a fait de manière ouverte ; la CGT en conciliant la culture protestataire qu’elle a toujours portée et l’accompagnement de la gigantesque mutation économique induite par la mondialisation. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la confédération de Bernard Thibault s’est engouffrée dans la lutte des sans-papiers, espérant ainsi moderniser une image lestée par des structures internes, un recrutement et des méthodes inaptes à retenir des salariés passant largement à travers les mailles du filet syndical.

Philippe WAUCAMPT.
Publié le 08/12/2009