Electrolux à Revin : une ville K.O. debout

Publié le 05/11/2012
Les 419 ouvriers d'Ardam Electrolux à Revin ont appris, le 22 octobre, que le groupe suédois allait délocaliser la production des lave-linge en Pologne.
Electrolux à Revin : une ville K.O. debout
Electrolux à Revin : une ville K.O. debout
Les 419 ouvriers d'Ardam Electrolux à Revin ont appris, le 22 octobre, que le groupe suédois allait délocaliser la production des lave-linge en Pologne.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 03 Novembre 2012 / Région + Est Républicain + Vosges Matin

 

 
Revin, vaste commune de 3 600 ha, dont 3 200 de forêts communales. Revin, temple de la chasse au sanglier. Revin et son passé industriel, ses ruelles semblables à des corons, ses maisons de briques noirâtres. « Dans les années soixante, la ville a compté jusqu'à 13 000 habitants et une quarantaine de fonderies. Aujourd'hui, il y a 7 500 habitants. En 1976, Arthur Martin employait encore 2 750 salariés. La chute a été régulière à chaque recensement et allait de pair avec les fermetures d'usines. Il reste Electrolux et une fonderie qui emploie 40 personnes. Si Electrolux s'en va, la commune sera le principal employeur du coin avec 120 salariés. Autant dire que c'est la mort de Revin », constate Alain Roy, maire PS de la ville. Ici, le taux de chômage est à 17 %. La population est vieillissante « et les jeunes qui ont le bac s'en vont vers Reims, Lille et Nancy et ne reviennent pas », ajoute Alain Roy.

Le groupe suédois Electrolux a annoncé, lundi dernier, l'arrêt de sa production de lave-linge et sa délocalisation dans le sud de la Pologne, à Olawa, d'ici fin 2014. Un coup de massue pour les 419 salariés du site dont un tiers habite la commune, 60 intérimaires et 1 500 employés sous-traitants de l'usine. Dans le quartier de la Bouverie où se trouve l'usine, c'est aujourd'hui jour de reprise du travail, après trois jours de grève, dans une ambiance morose. « Le corps est là, mais l'esprit n'y est plus depuis longtemps. De toute façon, je suis persuadé qu'on n'ira même pas jusqu'à 2014 », témoigne, écoeuré, cet ouvrier.

« On n'a pas envie de discuter, faut qu'on reprenne le boulot pour qu'on nous paye nos trois jours de grève », lâche sèchement cette ouvrière avant de pointer à l'entrée de l'usine. « Un ouvrier peut espérer gagner 1 200 EUR net avec une bonne ancienneté. Alors, ici, on vient bosser pour la gamelle, pas par conviction », lâche Lysian Fagis, leader CFDT de l'usine.

Projet « ARdennES »

Alors que la production de l'usine est passée sous le seuil de rentabilité l'an passé, l'intersyndicale a travaillé pendant neuf mois avec le comité de direction de l'usine et un cabinet d'experts comptables à un projet de diversification de la production, baptisé projet « ARdennES », qui a retenu l'option de fabrication de hottes aspirantes. « Lequel a été balayé d'un revers de main par la direction du groupe », regrette Didier Muzalski, représentant des cadres à l'usine, qui rappelle que pour le consommateur, « la différence de prix entre un lave-linge fabriqué en France et celui fabriqué à Olawa est d'un montant égal au prix de deux paquets de cigarettes ! ».

Devant la mairie, en ce jour de marché, tous ont en tête le sort des « Arthur Martin », comme on les appelle encore aujourd'hui. « C'est un désastre. Nous sommes tristes, les choses ne sont plus comme avant », regrette Bernadette Gomez, retraitée. Pour cette habitante native de la commune, « si Electrolux ferme, Il ne restera plus que des vieux et des cas sociaux ici ». L'intersyndicale de l'usine a pu rencontrer brièvement Arnaud Montebourg, mercredi, lors d'une réunion au ministère du Redressement productif, pour défendre le projet transversal ARdennES. Selon les participants, le ministre se serait « engagé à rencontrer prochainement les décideurs suédois du groupe pour apporter une réponse politique » à la crise revinoise.