EVA JOLY

Publié le 25/11/2011
Présidentielle : Eva Joly se montre plus que jamais combative. Mais au coeur de la Bourgogne nucléaire, la CGT d'Areva lui a fait faux-bond
EVA JOLY
EVA JOLY
Présidentielle : Eva Joly se montre plus que jamais combative. Mais au coeur de la Bourgogne nucléaire, la CGT d'Areva lui a fait faux-bond

© L'Est Républicain, Vendredi le 25 Novembre 2011 / France-Monde


« Soutenue et aimée »

Eva Joly, une femme libre... Photo AFP

Le reportage de jean-pierre Tenoux

Est-ce pour la préserver des turbulences médiatico-politiques ? François Lotteau, le maire Europe Ecologie de Rully (Saône-et-Loire), a organisé le premier point presse d'Eva Joly dans un jardinet placé sous la protection d'une immense Vierge à l'Enfant « don d'une veuve » de sa commune. La candidate, dont c'est la première sortie de terrain depuis son tangage récent, ne paraît pourtant guère prête à confier son sort au ciel. A ceux qui l'interpellent sur les attaques subies, du soupçon « d'amateurisme » à « l'erreur de casting », elle réplique en s'affichant plus résolue que jamais. « L'intensité de la colère » de ses détracteurs prouve « qu'ils ont peur », assène-t-elle.

La visite figurait de longue date à son agenda. Au menu, des rencontres avec la profession viticole, chez Anna et Jean-Claude Brelière « passés au bio » pour leurs chardonnay, pinot et crémant. Mais Rully étant au coeur du Pôle nucléaire bourguignon, une table ronde avec les syndicats CGT, CFDT et Solidaires d'Areva et Schneider était aussi prévue. « Le nucléaire, ce n'est pas que les lobbies », note-t-elle, avant le déjeuner. « Ce sont des travailleurs qui risquent leur santé et leur emploi. Le plan social d'Areva n'est pas lié à l'arrêt futur de vingt-quatre réacteurs. Il est dû aux difficultés d'une industrie qui n'exporte pas. Le monde ne veut plus du nucléaire. Les EPR sont déjà des échecs industriels. S'y accrocher, c'est s'accrocher à la ligne Maginot ».

« Langue rugueuse »

Long manteau vert posé sur le blouson de cuir bordeaux dont elle ne se sépare plus, Eva Joly se sent « soutenue et aimée » par les siens, malgré sa « langue rugueuse ». Ou grâce à elle, plutôt. En conférant au téléphone avec les secrétaires régionaux EELV, elle a constaté que les militants étaient « à 99,9 % » de son côté. Sa « détermination » en a été renforcée, s'il en était besoin. Certaines télés filent la métaphore sous la voûte du caveau viticole : « Quand le vin est tiré, il faut le boire ? Allez-vous mettre de l'eau dans votre vin, après avoir dégusté ? La cuvée Joly sera-t-elle longue en bouche ? » Ne manque que le calice et sa lie. Sans laisser transparaître le moindre agacement, puisque son attachée de presse Agathe lui a expliqué que « c'est important, les journalistes », Eva Joly supporte. « Ce qui est bien, c'est qu'elle est solide ! », apprécie Sergio Coronado, un Vert historique. « Je suis une femme libre, j'ai toujours joué collectif ! », ajoute-t-elle. « Je gêne tous les lobbyistes de la terre et ceux des. politiques qui ont Takkiédine comme ami. Ma chute les arrangerait tous. Mais j'irai jusqu'au bout ».

Mauvaise surprise, sur ordre du national, en fin d'après-midi, la CGT d'Areva fait faux bond à Eva Joly. Seuls la CFDT et Solidaires sont venus. La candidate, déçue, leur demande de ne pas avoir peur du démantèlement, qui sera long. Les salariés en poste seront les plus compétents pour le mener », promet-elle. « Le gouvernement a détruit 20.000 emplois depuis mars dans la filière photovoltaïque, ces réacteurs n'en représentent que 10.000 et nous saurons faire ». Sinon, l'accord avec le Parti socialiste est une chose, mais « le programme que je porte prévoit, lui, la sortie complète du nucléaire d'ici 20 ans ! », lance la candidate. « Complète... et à emplois constants », se hâte de préciser son entourage.