Fer de lance de la contestation contre la réforme des retraites, la raffinerie poursuit la grève

Publié le 22/10/2010
Grandpuits : « Charly » symbole de la contestation
Fer de lance de la contestation contre la réforme des retraites, la raffinerie poursuit la grève
Fer de lance de la contestation contre la réforme des retraites, la raffinerie poursuit la grève
Grandpuits : « Charly » symbole de la contestation

L'Est Républicain, Vendredi le 22 Octobre 2010 / Ouverture France-Monde
 

 

Charly, l'homme au bonnet rouge. Photo Alexandre MARCHI

« La réforme des retraites est toxique. Nous n'en voulons pas. Nous ne baisserons pas les bras ». Charles Foulard, 53 ans, responsable de la CGT chez Total, a la voix cassée d'avoir trop parlé. Mais le message se veut ferme et clair pour tous les salariés de la raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne, rassemblés une nouvelle fois, hier, en assemblée générale devant l'entrée du site. La grève est reconduite à l'unanimité. Pas question d'abandonner la lutte sans avoir obtenu l'ouverture de négociations.

Bonnet rouge enfoncé jusqu'aux yeux, « Charly » comme l'appellent ses camarades, est devenu en quelques jours le symbole de la contestation. Il enchaîne les interviews à la radio et à la télé. « Du jamais vu depuis 1968 », dit-il. « Les 12 raffineries françaises sont bloquées, mais nous laissons passer les camions pour alimenter les hôpitaux, les services publics et le fuel domestique. Sinon, depuis le 12 octobre, nous n'expédions plus les produits ni par la route, ni par le fer, ni par pipe-line. Le robinet est fermé ».

Un soutien apprécié

Devant le portail d'entrée de l'usine, des barrières métalliques, un feu de pneus et quelques fanions aux couleurs de la CGT et de la CFDT ne laissent aucun doute sur les intentions des salariés. « Il s'agit d'un blocage technique et non physique », précise un gréviste. « Sarko ferait une grave erreur d'envoyer les forces de l'ordre dans une raffinerie », prévient Charles Foulard. « Il a déclaré la guerre à nos acquis sociaux. C'est un enjeu de société majeur. Nous resteront tant que des négociations ne seront pas ouvertes avec les syndicats ».

Le leader cégétiste regrette que le préfet ait réquisitionné des salariés, dès dimanche soir. Il fulmine : « C'est une atteinte au droit de grève. Nous avons engagé une procédure devant les tribunaux ».

Une trentaine de salariés franchissent cependant la grille d'entrée de la raffinerie. C'est le « piquet sécurité » pour que l'usine, classée SEVESO II reste sous contrôle à chaque instant. Grandpuits est la plus petite des six raffineries du groupe Total. Près de 5 millions de tonnes de pétrole sont transformées en essence, fuel, gasoil, bitume ou gaz consommés essentiellement en Ile-de-France. L'usine emploie 380 salariés et 50 autres au dépôt de Kérosène de Gargenville (Yvelines) qui alimente les aéroports parisiens.

« 99% des salariés qui fabriquent l'essence sont en grève», affirme Franck Manchon, délégué syndical CGT. « C'est un mouvement très suivi. »

Les salariés de Grandpuits ont reçu le soutien de nombreux camarades venus de Villejuif, de Pontault-Combault, de Paris et d'ailleurs. Certains apportent des paniers de nourriture, d'autres de l'argent. « Nous recevons des chèques de toute la France » constate Charly. « Nous ne sommes pas seuls. Cette solidarité fait chaud au coeur ».

Marcel GAY