Fonction publique : au régime !

Publié le 04/07/2012
Austérité : le gouvernement qui a annoncé une réduction de 2,5 % par an des effectifs des ministères, récuse toute « saignée »
Fonction publique : au régime !
Fonction publique : au régime !
Austérité : le gouvernement qui a annoncé une réduction de 2,5 % par an des effectifs des ministères, récuse toute « saignée »

© L'Est Républicain, Samedi le 30 Juin 2012 / France-Monde + Vosges Moselle

 

Michel Sapin, ministre du Travail : «Quand on a une priorité quelque part, ça veut dire que dans les autres secteurs, on diminue les effectifs. C'est simple à comprendre ». Photo Alexandre MARCHI

EN ANNONÇANT une baisse des effectifs de fonctionnaires dans certains ministères pour créer des postes dans les secteurs prioritaires à emplois constants, le gouvernement qui récuse toute « saignée », prend le risque de susciter l'incompréhension. Matignon a réaffirmé jeudi que les créations d'emplois publics seraient « réservées à l'enseignement, la police, la gendarmerie et la justice » et fixé des objectifs chiffrés « de -2,5 % par an sur les autres secteurs » (Finances, Affaires sociales, Travail, etc.) afin de respecter l'objectif de stabilité globale.

Ces principes généraux seront déclinés ministère par ministère « avant la fin du mois de juillet » dans des « lettres-plafond » qui préciseront notamment les effectifs alloués à chacun de 2013 à 2015, a précisé Matignon.

Les opérateurs de l'Etat (Météo-France, CNRS, Agence nationale de sécurité sanitaire...), devront également resserrer les boulons, à l'exception de Pôle Emploi qui sera « le seul explicitement exclu de cet effort d'effectif », selon le ministre du Travail Michel Sapin.

Avec ce projet, le gouvernement assure faire mieux que ses prédécesseurs, en prévoyant de maintenir les effectifs, là où le gouvernement Fillon avait détruit plus de 150.000 emplois.

Ces réductions de postes découlaient de l'application de la règle du non remplacement d'un départ sur deux parmi les 2,4 millions d'agents de l'Etat (sur 5,3 millions de fonctionnaires) dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP). « Le fait de maintenir le nombre de fonctionnaires alors qu'il diminuait très fortement dans les années précédentes, ce n'est pas une saignée », s'est ainsi défendu M. Sapin. Pour lui, cet effet de vase communiquant en vue de créer 65.000 postes sur cinq ans dans les ministères prioritaires n'est pas une surprise « car c'est très exactement ce qui a été dit pendant la campagne ».

« Déshabiller Pierre pour habiller Paul »

Matignon avait pourtant démenti ces mêmes chiffres publiés la semaine dernière par Le Figaro, le président François Hollande allant jusqu'à déclarer au Monde que cela lui paraissait « invraisemblable ».

La ministre de la Fonction publique Marylise Lebranchu a de son côté assuré que la page de la RGPP était bel et bien « tournée », relevant que le gouvernement précédent s'était « contenté d'annoncer une réforme arithmétique » sans « analyse de l'action publique ».

Reste à convaincre les syndicats de fonctionnaires, pour lesquels l'emploi sera l'enjeu n°1 de la conférence sociale de juillet. Or, a indiqué Christian Grolier (FO), la « décision dogmatique » du gouvernement est une « déception ». « On pensait a minima que la méthode changerait », a-t-il déclaré. Pour lui, « on a plutôt l'impression que la couleur de la RGPP a changé, passant de bleu à rose », en référence aux couleurs de l'UMP et du PS. Il s'agit en somme de « déshabiller Pierre pour habiller Paul, mais c'est impossible parce que les deux sont déjà en slip ! », dit-il, prévenant de possibles « mouvements sociaux » à venir.

« Omerta »

Selon la CFDT, ces annonces « jettent le trouble sur la volonté de dialogue social affichée », tandis que pour Solidaires, elles confirment « qu'un virage à 360 degrés vient d'être effectué par le gouvernement ».

Gilles Carrez (UMP) à la tête de la commission des Finances de l'Assemblée a dénoncé pour sa part « une sorte d'omerta » sur les réalités chiffrées derrière ces annonces.

Pour Bernard Vivier (Institut supérieur du Travail), le gouvernement bénéficie encore d'« un crédit affectif » auprès des agents. Mais « la réalité, on ne peut pas lui faire faire des tours d'élastique trop nombreux ». Toutefois, même si les syndicats « ne peuvent avoir aujourd'hui qu'un discours d'horreur », ils semblent se faire à l'idée d'une « concertation sur la redéfinition des missions » publiques, un sujet que Mme Lebranchu a promis d'aborder lors de la conférence sociale.