Gare au calcul des retraites

Publié le 22/04/2010
Les discussions s'annoncent difficiles entre syndicats et gouvernement sur les retraites de la fonction publique.
Gare au calcul des retraites
Gare au calcul des retraites
Les discussions s'annoncent difficiles entre syndicats et gouvernement sur les retraites de la fonction publique.

Jeudi 22 Avril 2010, © L'Est Républicain

Dans le cadre de la réforme des retraites, le ministre du Travail Eric Woerth et son secrétaire d’Etat à la Fonction publique Georges Tron vont rencontrer successivement tous les syndicats.« Il y a des différences entre le public et le privé en matière de retraite. certaines sont justifiées » mais « d’autres sont plutôt l’héritage de situations historiques », a assuré M. Woerth.La réforme de 2003 a déjà aligné sur le privé la durée de cotisation pour une retraite à taux plein (160 trimestres en 2008), mais les critiques persistent.Principal sujet de discorde, le mode de calcul des pensions, qui dans le privé tient compte des 25 meilleures années de salaires contre seulement les six derniers mois dans la fonction publique, mais sans intégrer la majorité des primes, qui représentent en moyenne 20 % du salaire.M. Woerth avait affirmé début mars que les « six mois » n’étaient pas « le sujet principal » des discussions, le sujet fait frémir les syndicats.« Cela détériorera un peu plus les pensions des fonctionnaires sans rien apporter aux salariés du privé », s’insurge Bernadette Groison (FSU).Selon elle, cette spécificité tient au fait que les carrières des fonctionnaires sont « linéaires », à la différence du privé.Un alignement sur 25 ans est « techniquement compliqué, voire impossible », estime Anne Balthazar (FO), rappelant que le directeur du Service des retraites de l’Etat a évoqué l’incapacité de l’administration à obtenir des données informatiques sur 25 ans, ce que dément le gouvernement. « Et socialement c’est dangereux, voire explosif », ajoute-t-elle en insistant sur le fait que si le gouvernement revient sur cette règle, il devra intégrer les primes dans le calcul de la pension, ce qui coûterait cher.Pour Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE, « les taux de remplacement (rapport entre le dernier salaire perçu et le montant de la pension) des fonctionnaires ne sont pas si différents du privé ». Or si les règles du privé s’appliquaient, la retraite moyenne des fonctionnaires diminuerait de 10 % à 20 %.Brigitte Jumel (CFDT) observe aussi que si les fonctionnaires d’Etat ont des pensions mensuelles moyennes correctes (1.952 euros brut), les agents territoriaux ou hospitaliers ont des retraites plus faibles (environ 1.200 euros).Autre inquiétude, la hausse du taux de cotisation des fonctionnaires (7,85 % contre 10,55 pour le privé), évoquée par M. Tron.Les syndicats craignent enfin la suppression des avantages familiaux (comme la majoration de cotisation accordée aux mères de famille) et des catégories actives, ces métiers dangereux ou pénibles (police, surveillants pénitentiaires) qui permettent de partir à 50 ou 55 ans.« On a été échaudées avec les infirmières », qui ont récemment perdu leur possibilité de partir plus tôt en échange d’une hausse de salaires, indique Mme Jumel. Mais les catégories actives « partent de toute façon de plus en plus tard » pour cause de retraites trop faibles, note FO.