Grève chez Total : y a-t-il des risques de pénurie ?

Publié le 20/02/2010
Depuis hier, les six raffineries françaises du pétrolier Total sont à l'arrêt, suite à une grève illimitée des salariés. Ce déclenchement ne devrait pas provoquer de pénurie de carburant à court terme mais constitue une réelle menace.
Grève chez Total : y a-t-il des risques de pénurie ?
Grève chez Total : y a-t-il des risques de pénurie ?
Depuis hier, les six raffineries françaises du pétrolier Total sont à l'arrêt, suite à une grève illimitée des salariés. Ce déclenchement ne devrait pas provoquer de pénurie de carburant à court terme mais constitue une réelle menace.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 20 Février 2010 / IG /


A la raffinerie de Feyzin dans le Rhône comme dans les cinq autres du groupe Total, les salariés ont commencé pour une durée illimitée un arrêt progressif de toute activité. Photo AFP

En annonçant la fermeture de la raffinerie des Flandres à Dunkerque, Total s'est exposé à une grève de ses salariés. Ce mouvement s'est durci hier, avec l'arrêt progressif de toute activité dans l'ensemble des six raffineries du groupe pétrolier. La direction faisait état d'un taux de grévistes, parmi les personnels chargés du fonctionnement des raffineries, « supérieur » à la fourchette des 70 % à 80 % donnée ces deux derniers jours. Sept des 41 dépôts de carburants du groupe étaient également touchés.

Face à cette grève, plusieurs questions demeurent.

o La France peut-elle se passer des raffineries de Total ?
A court terme, « il n'y a pas d'inquiétude à avoir », assure Alexandre de Benoist, de l'Union des importateurs indépendants pétroliers (enseignes Carrefour, Casino, Cora et Auchan). Les raffineries de Total, en cours d'arrêt, représentent 54 % des capacités de raffinage de l'Hexagone. Entre-temps, les six autres raffineries françaises, appartenant aux concurrents de Total, continuent à alimenter le marché.
La France peut en outre recourir aux importations, qui représentant déjà un tiers de la consommation de gazole en temps normal. Enfin, le pays compte 219 dépôts de produits pétroliers. Même s'ils ne sont plus alimentés par les raffineries, ces dépôts continuent à alimenter les stations services. Seulement 7 des 31 dépôts de Total étaient bloqués par la grève hier, selon la direction.

o Combien de temps reste-t-il avant une pénurie de carburants ?
Les stocks des dépôts de carburant représentent « entre 10 et 20 jours de consommation », selon l'Union française des industries pétrolières (Ufip). « Entre 10 et 15 jours », estime Alexandre de Benoist. « Pour l'instant, il n'y a aucun risque. Dans une semaine, le diagnostic sera un peu plus sombre. » Les syndicats sont plus alarmistes. Selon Charles Foulard, de la CGT, « au bout de cinq jours d'arrêt, il peut y avoir un début de pénurie d'essence dans les stations-service ». Pour la CFDT, « le processus pourrait être plus rapide ».

o Quelles régions sont les plus vulnérables ?
Celles qui ne sont alimentées que par des raffineries de Total, comme la façade ouest de la France, avec la raffinerie de Donges (Loire-Atlantique), ou la région lyonnaise, avec la raffinerie de Feyzin (Rhône). Et celles qui sont dotées de peu de dépôts pétroliers, comme « le centre de la France et le sud-ouest », selon Alexandre de Benoist.

o Peut-on faire appel aux stocks stratégiques ?
La France dispose de 17,4 millions de tonnes de pétrole brut et de produits pétroliers dans ses stocks stratégiques, représentant 98,5 jours de consommation. En cas de situation extrême, le gouvernement peut décider d'y recourir. « Cela serait quelque chose d'exceptionnel », souligne Jean-Marc Tennesson, délégué général du Comité français des stocks stratégiques pétroliers. « Les stocks stratégiques sont constitués pour faire face à un événement international majeur qui trouble l'approvisionnement de la France, pas à une tension sociale », ajoute-t-il.