Grève nationale chez Total

Publié le 18/02/2010
Les salariés craignent que la fermeture de la raffinerie de Dunkerque soit le prélude au démantèlement de l'activité dans l'Hexagone.
Grève nationale chez Total
Grève nationale chez Total
Les salariés craignent que la fermeture de la raffinerie de Dunkerque soit le prélude au démantèlement de l'activité dans l'Hexagone.

Jeudi 18 Février 2010, © L'Est Républicain / FRANCE

 


 

La grève sur le site de la raffinerie Total de Feyzin fait peser des menaces sur l'approvisionnement en carburant de Rhône-Alpes dès après le week-end.
Le débit des raffineries françaises de Total a été réduit au minimum hier par une grève des salariés du groupe pétrolier, qui craignent que la fermeture probable de la raffinerie de Dunkerque soit le prélude au démantèlement de l'activité dans l'Hexagone.
La grève, à l'initiative d'une intersyndicale CGT-CFDT-Sud-FO, doit se prolonger aujourd'hui. Alors que la CGT a appelé à durcir le mouvement, une assemblée générale de grévistes à la raffinerie de Feyzin, près de Lyon, a même voté à la mi-journée pour une grève illimitée.

95% de grèvistes selon la CGT


L'occupation de la raffinerie de Dunkerque, débutée mardi, doit se poursuivre jusqu'à ce que la direction redémarre le site, ce qui paraît improbable.
Entre 70 et 80% du personnel posté (en équipe tournante) dans les six raffineries Total (Dunkerque, Gonfreville L'Orcher, Donges, Grandpuits, Feyzin et La Mède) a cessé le travail hier, d'après la direction, 95% d'après la CGT. Douze des 31 dépôts pétroliers ont été également touchés, selon Total.
« Le groupe a pris des dispositions pour que cela n'ait pas d'impact significatif sur l'approvisionnement des clients », a précisé un porte-parole.
A la raffinerie des Flandres près de Dunkerque, la situation est restée bloquée malgré la venue du directeur des ressources humaines marketing/raffinage de Total, qui s'est proposé comme médiateur, ce qu'a refusé une intersyndicale.
En grève depuis un mois, les salariés de cette raffinerie seront fixés sur leur sort le 29 mars à l'occasion d'un comité central d'entreprise (CCE).
« Nous demandons que le CCE soit avancé mais il y a des pressions sur Total pour que les mauvaises annonces n'interviennent pas avant les élections régionales », a affirmé Claude Maghue (FO).
Total a cependant assuré que « le calendrier retenu traduit simplement et indépendamment de toutes considérations d'ordre politique, la volonté du groupe de se laisser suffisamment de temps pour finaliser un projet complet ».
Le DRH a confirmé la création d'un centre de formation et d'un centre d'assistance technique sur le site, qui au total emploieraient deux tiers des 370 salariés directs de la raffinerie.
Les syndicats du groupe demandent également à la direction et au gouvernement une table ronde sur « l'avenir du raffinage et la dépendance énergétique du pays ».
Total justifie sa réorganisation par une « baisse structurelle et durable de la consommation de produits pétroliers ». Alors que la consommation française de produits pétroliers a encore reculé de 2,8% en 2009, à 81,5 millions de tonnes, l'Union française des industries pétrolières estime qu'il « faudrait fermer entre 10 à 15% des 114 raffineries européennes ».

8 milliards d'euros de marge en 2009


Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi a affirmé hier que « nous ne pouvons pas comprendre, lorsque Total dégage 8 milliards d'euros de marge en 2009 », que « les choix se fassent au détriment des salariés ». Il compte sur une « solution de substitution qui garantisse le reclassement à compétences égales pour l'ensemble des salariés ».
Pas de quoi rassurer les salariés du géant pétrolier, selon la CGT. Son délégué à Gronfreville, Philippe Saunier, a dénoncé des « délocalisations » des activités de raffinage « dans les pays moins regardants sur le plan social et environnemental », notamment en Arabie Saoudite.
Selon la CFDT, les quelque 3.820 salariés des raffineries « veulent savoir à quelle sauce ils vont être mangés ». Un comité européen extraordinaire est prévu le 18 mars, au cours duquel le syndicat compte demander une expertise.