Hollande en Moselle : l'air de rien

Publié le 09/10/2011
Le favori des sondages surfe sur sa popularité grandissante. Même s'il sait qu'au-delà de la compétition, le pays devra consentir à des sacrifices.
Hollande en Moselle : l'air de rien
Hollande en Moselle : l'air de rien
Le favori des sondages surfe sur sa popularité grandissante. Même s'il sait qu'au-delà de la compétition, le pays devra consentir à des sacrifices.

© Le Républicain Lorrain, Dimanche le 09 Octobre 2011 / IG
 
François Hollande a eu droit à un comité d'accueil enthousiaste hier à la gare de Metz. Photo Karim SIARI 

«Et la dette, il faudra la rembourser ? » Expédiée du coin du zinc au café Le Rubis, place Saint-Louis à Metz, la question pressante permet à Hollande d'enfourcher son credo - « Non pas celui de la gauche molle, mais celui de la gauche crédible », saluait plus tôt Lionel Fournier en accueillant son hôte à la Maison du lien social, sur sa commune de Rombas.

Dans la petite salle bondée du bistrot messin, le candidat à l'investiture PS reprend donc : « Rembourser, c'est préférable, sinon on ne nous prêtera plus », attaque-t-il en retrouvant les accents de gravité qu'il troque volontiers pour quelques bons mots. Rayonnant, tout comme sa cote d'opinion : « Je ne vais tout de même pas m'en plaindre. » Quant aux attaques de ses adversaires, il les retourne avec gourmandise. La droite spécule sur la « balladurisation » de son image. Sa réponse faussement outrée fuse : « Voilà bien peu d'égard vis-à-vis du candidat à la présidentielle soutenu par Nicolas Sarkozy. Je vais lui écrire un petit mot pour lui dire que ses amis sont bien des ingrats. »

« Silence, on tue »

Ainsi ce serait « une malédiction » que de barrer en tête du scrutin. Assis à ses côtés, Dominique Gros, Jean-Marc Todeschini, Jean-Pierre Masseret, Aurélie Filippetti et Pierre Moscovici, « venu en voisin » franc-comtois, boivent du petit-lait. Hollande a beau s'efforcer de faire surgir quelques doutes sur ses chances d'arriver en tête de ce premier tour, il n'y parvient pas. « J'ai voulu une campagne vivante et heureuse », balance-t-il comme pour s'excuser de sa propension à vanner son auditoire. Sauf que la réalité tempère parfois son enthousiasme. A Rombas, l'indignation d'Edouard Martin, représentant CFDT au CE d'Arcelor-Mittal, lui inspire un tout autre couplet. Il faut dire que le syndicaliste n'y va pas avec le dos de la cuiller : « Avec celui de Florange, Mittal arrête sept hauts fourneaux... dans le silence le plus total de Barroso et ses potes. Si on devait choisir un titre de film, ce serait 'Silence on tue'. » En lui remettant un cliché de la dernière coulée du 4 octobre, Martin implore Hollande de presser Bruxelles de lâcher des fonds pour Ulcos « avant juin 2012, et on produira l'acier le plus propre du monde ».

Soucieux « de rétablir la crédibilité de l'action publique » malmenée selon lui par Sarkozy, Hollande avance sur des oeufs. Pour finalement formuler une promesse : OK pour remonter à Bruxelles. « Mais je vous propose d'attendre l'autre dimanche. Ça n'est pas la même chose d'être candidat à la primaire que candidat à la présidence de la République »... Aux anciens mineurs venus lui réclamer, par la voix de Guy Kuhnen, l'abrogation du décret du 30 août programmant la fin du régime minier, l'orateur confirme que le texte ne survivra pas à son arrivée à L'Elysée. Mais l'heure tourne : « L'épreuve de vérité approche. » François Hollande perçoit dans l'air du temps des réminiscences de 1981. « François Mitterrand avait levé l'espoir et minimisé le risque. » François... même prénom.

X. B.