Ikea fait le ménage

Publié le 19/05/2012
Entreprise - La filiale française du géant suédois de l'ameublement évince 4 dirigeants soupçonnés de surveillance illégale
Ikea fait le ménage
Ikea fait le ménage
Entreprise - La filiale française du géant suédois de l'ameublement évince 4 dirigeants soupçonnés de surveillance illégale

© L'Est Républicain, Samedi le 19 Mai 2012 / France-Monde 
© Vosges Matin, Samedi le 19 Mai 2012 / France Monde

 
Le scandale de surveillance illégale de salariés et de clients salit l'image du groupe depuis février . Photo AFP 

IKEA FRANCE l'a annoncé ce vendredi : les quatre dirigeants - l'ancien patron, une ex-DRH, un ex-directeur financier et l'actuel directeur gestion du risque de Ikea France - tous soupçonnés d'être mêlés au scandale de surveillance illégale de salariés et de clients qui salit depuis février l'image de la filiale hexagonale du géant suédois de l'ameublement, quittent leurs fonctions et le groupe. Ces départs sont justifiés par « des pratiques contraires aux valeurs et standards éthiques (qui) ont été malheureusement constatées au sein de Ikea France », et sont prises « très au sérieux », souligne Ikea France.

Les noms des dirigeants concernés n'ont pas été détaillés, mais trois cadres avaient déjà été mis « en disponibilité » : l'ancien directeur général de 1996 à fin 2009, Jean-Louis Baillot, le responsable du département gestion du risque, Jean-François Paris, et Claire Hery, une ancienne directrice des ressources humaines.

L'affaire avait éclaté en février, avec des révélations du Canard enchaîné accusant la filiale française du groupe suédois d'avoir « fliqué » des salariés et des clients en se procurant des renseignements sur leurs antécédents judiciaires, policiers, ou leurs comptes en banque.

Selon l'hebdomadaire satirique, la « direction risque » d'Ikea avait passé un accord avec des enquêteurs privés lui fournissant des informations issues du fichier policier Stic ou de celui des cartes grises ou des permis de conduire. Les données recueillies concernaient des salariés avant embauche, des syndicalistes, voire des clients en cas de différend commercial. Les renseignements auraient ensuite été transmis par mail à toute une série de cadres dirigeants.

Ikea France s'était rapidement dissocié de ces « comportements contraires à l'éthique': la société avait fait son mea culpa, lançant une enquête interne et un vaste chantier de réforme de son mode de gouvernance afin de redorer son image.

Elle n'avait en revanche pas accédé aux demandes du syndicat FO, qui indiquait avoir « tout lieu de croire que ces pratiques relèvent d'une politique d'entreprise » et réclamait la mise à l'écart de huit membres du personnel en plus des trois déjà écartés.

Perquisitions

« Nous mobilisons maintenant toutes nos forces pour gagner la confiance de nos collaborateurs et de nos clients et pour assurer une croissance soutenue, basée sur la culture et les valeurs d'Ikea. Donner et prendre des responsabilités constitue un élément essentiel de notre succès », a commenté ce vendredi l'actuel directeur général d'Ikea France, Stefan Vanoverbeke, réaffirmant sa « pleine confiance en toutes nos équipes ».

La filiale du groupe suédois assure qu'elle « a mis en place un plan d'action solide » pour empêcher que de telles actions ne se reproduisent et « continue à apporter son entier concours à la justice ».

Les remous provoqués par l'affaire sont en effet loin d'être terminés. Au-delà des dégâts en termes d'image, il faut maintenant compter avec les suites judiciaires. Les syndicats FO et CFDT notamment ont déposé des plaintes contre X. De premières perquisitions ont eu lieu mi-mars au siège social d'Ikea France à Plaisir, dans les Yvelines, ainsi qu'au domicile de M. Paris. Et le parquet de Versailles a finalement ouvert une information judiciaire le 13 avril, pour infraction à la législation sur les fichiers informatiques et violation du secret professionnel.

Deux dirigeants contestent

Deux des quatre dirigeants évincés contestent être mêlés au scandale de surveillance illégale de salariés et de clients. Jean-Louis Baillot, l'ancien directeur général d'Ikea France de 1996 à fin 2009, et Claire Hery, une ancienne DRH, ont l'un et l'autre assuré n'avoir jamais eu connaissance des pratiques d'espionnage dans leur entreprise. « Je n'avais pas connaissance des faits tout simplement parce que le responsable de sécurité est rattaché opérationnellement au directeur administratif et financier et ne répond pas au directeur général », a expliqué Jean-Louis Baillot. « Non seulement je n'ai jamais demandé ces informations, mais en plus je n'en ai pas été destinataire ». Mme Hery assure pour sa part qu'elle n'était « pas au courant de l'infiltration, ni d'aucune pratique d'espionnage », ajoutant avoir été « sacrifiée pour sauver l'image d'Ikea ».