Karachi : la justice fait monter la pression

Publié le 26/09/2011
Les mises en examen tour à tour de deux proches de Nicolas Sarkozy préfigurent d'autres auditions de personnalités, comme celle d'Edouard Balladur. Les récents « déballages » font aussi monter l'indignation.
Karachi : la justice fait monter la pression
Karachi : la justice fait monter la pression
Les mises en examen tour à tour de deux proches de Nicolas Sarkozy préfigurent d'autres auditions de personnalités, comme celle d'Edouard Balladur. Les récents « déballages » font aussi monter l'indignation.

© Le Républicain Lorrain, Lundi le 26 Septembre 2011 / IG /

 

 

Edouard Balladur, visage fermé, à son arrivée à son domicile la semaine dernière. Photo AFP

Les juges Renaud van Ruymbeke et Roger Le Loire, qui cherchent à savoir si des commissions, versées en marge de contrats d'armement avec le Pakistan, n'ont pas donné lieu à des rétrocommisssions pour financer illégalement la campagne Balladur, s'affairent depuis plusieurs semaines.

Homme-clé présumé de ces commissions, le Franco-Libanais Ziad Takieddine a été mis en examen le 14 septembre. Nicolas Bazire, ex-directeur de cabinet et de campagne de Balladur et Thierry Gaubert, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy au ministère du Budget en 1994, sont poursuivis depuis la semaine dernière pour complicité et recel d'abus de biens sociaux. Désormais, c'est l'audition de Balladur qui est « sérieusement envisagée », a confié hier une source policière, sans qu'aucune date ne soit encore fixée. L'ex-Premier ministre, battu par Chirac au premier tour de la présidentielle de 1995, n'a jamais été entendu par la justice. Il a néanmoins été auditionné en 2010 par la mission parlementaire sur l'attentat de Karachi et a envoyé en janvier 2011 une longue lettre au juge van Ruymbeke. Dans ce courrier, il nie toute implication dans la conclusion du contrat avec le Pakistan de sous-marins Agosta.

15 MF en billets de 500

L'enquête a mis au jour d'importantes sommes en espèces dans le compte de campagne de Balladur. Quinze millions de francs ont été versés, la majeure partie en coupures de 500 francs, alors que les meetings ne rapportaient que des billets de 10 à 20 francs. En outre, 5,2 ou 5,3 millions de francs ont été remis en liquide à la société de sécurité des meetings. Deux témoins ont aussi évoqué devant le juge l'existence d'un coffre-fort dans le bureau de Bazire. D'après le Journal du dimanche, ce dernier doit être à nouveau auditionné la semaine prochaine. Un fidèle du chef de l'Etat, Brice Hortefeux, se retrouve aussi dans la tourmente. Soupçonné d'avoir eu accès au dossier d'instruction, il doit être interrogé dans le cadre d'une enquête préliminaire pour « violation du secret professionnel » et « recel ». Ces révélations présumées sur le volet financier de l'affaire Karachi (du nom de l'attentat qui a coûté la vie en 2002 à onze salariés français de la Direction des constructions navales qui travaillaient sur un sous-marin) font bondir Martine Aubry, candidate à la primaire socialiste. « Il est temps de changer tout cela, de tourner la page et de mettre en place non pas une République délétère, comme c'est le cas aujourd'hui, mais la vraie République irréprochable que nous avait promise Nicolas Sarkozy et qu'il a trahie », a-t-elle déclaré : « Il faut que la justice soit indépendante dans la nomination des procureurs, dans le statut pénal du chef de l'Etat, mais il faut aussi arrêter les instructions individuelles ou de violer le secret de l'instruction comme vient de le faire M. Hortefeux ».

Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a réclamé de son côté hier, sur le volet humain du dossier, la « levée totale du secret défense » au nom des salariés français victimes de l'attentat commis il y a neuf ans. « S'il s'avère que ces personnes sont mortes non pas parce que c'était un attentat islamiste, mais parce qu'il y a eu des financements occultes de parti politique, ça serait une vraie catastrophe », « quelque chose d'insupportable », a poursuivi le dirigeant syndical.