L'urgence au sommet

Publié le 19/01/2012
Nicolas Sarkozy a annoncé hier des mesures d'urgence d'un montant total de 430 millions d'euros pour enrayer le chômage.
L'urgence au sommet
L'urgence au sommet
Nicolas Sarkozy a annoncé hier des mesures d'urgence d'un montant total de 430 millions d'euros pour enrayer le chômage.

© L'Est Républicain, Jeudi le 19 Janvier 2012 / Ouverture France-Monde

 

Du monde sur le perron de l'Elysée, hier. Les syndicats ont reconnu quelques avancées et le patronat s'est dit satisfait. Photopqr/LE PARISIEN

A trois mois de la présidentielle, Nicolas Sarkozy a annoncé hier lors d'un « sommet de crise » des mesures immédiates pour tenter d'endiguer le chômage et reporté à la fin janvier ses décisions sur les sujets qui fâchent comme la TVA sociale, fustigée par les syndicats.

A l'issue de quatre heures de discussions selon lui « apaisées » avec les numéros 1 de cinq syndicats et trois organisations patronales, le chef de l'Etat a d'abord mis sur la table une enveloppe de 430 millions d'euros face à une « situation sur le front l'emploi extrêmement préoccupante » qui nécessite des « décisions fortes et rapides ».

Ces dispositions visent à muscler l'activité partielle et la formation des chômeurs et prévoient le recrutement de 1.000 CDD à Pôle emploi. Pour doper l'emploi des jeunes, le gouvernement a décidé d'exonérer de charges pendant six moins l'embauche de jeunes dans les très petites entreprises.

« On ne peut pas attendre les échéances politiques »

M. Sarkozy a précisé que cet effort serait financé par « redéploiement » de crédits déjà existants, pour éviter de creuser les déficits, et qu'il pourrait être « doublé » par le Fonds social européen (150 millions d'euros) et des fonds paritaires qui gèrent la formation des salariés.

Au-delà de l'urgence, le chef de l'Etat a surtout confirmé sa volonté de faire voter avant le scrutin des 22 avril et 6 mai un paquet de réformes controversées, comme la TVA sociale et la flexibilité du temps de travail, qu'il a justifié par la « gravité de la crise ».

Outre ces deux projets emblématiques, il a promis une « réforme radicale » de la formation professionnelle, des « mesures extrêmement puissantes » sur le logement et redit sa volonté d'instaurer une taxe sur les transactions financières dont les contours seront précisés « à la fin du mois ».

« On ne peut pas attendre les échéances politiques pour décider [...] se réfugier dans l'attentisme, ce serait donner raison à tous ceux qui jouent sur l'impuissance du politique et du syndicalisme pour prospérer », a-t-il lancé en référence à la progression de la candidate du Front national Marine Le Pen dans les sondages d'intention de vote.

Après la dégradation financière de la France, le président a fait de ces réformes, qui doivent améliorer la compétitivité des entreprises, une de ses cartes pour tenter d'emporter un second mandat, alors qu'il est toujours donné largement battu par son rival PS François Hollande.

M. Sarkozy a assuré avoir « entendu » les remarques des syndicats, farouchement hostiles à ses projets mais a confirmé qu'il annoncerait ses décisions devant les Français « à la fin du mois ».

D'ici là, le gouvernement poursuivra ses « contacts avec les parlementaires », a-t-il dit. La gauche refuse toute idée de TVA sociale, ainsi qu'une partie de la droite, qui a payé de la perte de dizaines de sièges de députés un précédent débat sur la TVA sociale entre les deux tours des législatives de 2007. Sur le perron de l'Elysée, la patronne du Medef Laurence Parisot s'est réjouie des intentions du président. « Beaucoup de sujets ont été abordés avec une ligne directrice claire : la compétitivité de notre pays », a-t-elle dit.

Manifestation à Paris

A l'inverse, les leaders syndicaux n'ont pas caché leurs réticences, voire leur franche hostilité. Le patron de la CGT, Bernard Thibault, a estimé que les décisions d'urgence n'auraient « pas d'impact véritable sur la situation de l'emploi aujourd'hui » et a appelé à la « poursuite de la mobilisation » contre les décisions à venir de Nicolas Sarkozy.

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté hier à Paris pour dénoncer, à l'appel de la CGT, de la FSU et de Solidaires, un sommet « antisocial convoqué pour la forme ».

Plus nuancé, le numéro 1 de la CFDT François Chérèque a salué « les quelques mesures utiles » du gouvernement, « même si elles ne vont pas aussi loin que nous le souhaitions ». Mais il a aussi déploré « le flou total sur les futures décisions du gouvernement » et répété son opposition à une augmentation de la TVA, qui « n'a rien de sociale ».