La conjoncture plombe la lutte contre le chômage

Publié le 26/08/2011
Le nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi en France métropolitaine, sans aucune activité (catégorie A), a progressé de 1,3 % en juillet.
La conjoncture plombe la lutte contre le chômage
La conjoncture plombe la lutte contre le chômage
Le nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi en France métropolitaine, sans aucune activité (catégorie A), a progressé de 1,3 % en juillet.

© Le Républicain Lorrain, Vendredi le 26 Aout 2011 / IG /

 

 

 Photo AFP

« Mauvais » pour le troisième mois consécutif, les chiffres des demandeurs d'emploi en juillet, publiés hier, reflètent une conjoncture économique bien morose et ne promettent pas de s'améliorer à court terme, selon des experts.

Le nombre de demandeurs d'emploi en France métropolitaine a bondi en juillet par rapport au mois précédent, dans les mêmes proportions qu'en juin : de 1,3 % pour les demandeurs sans activité et de 0,6 % en comptant ceux exerçant une activité réduite.

36 000 personnes sont venues gonfler les rangs des chômeurs sans aucun travail, inscrits à Pôle emploi (catégorie A), dont le nombre atteint désormais 2 756 500 (+2,8% en glissement annuel).

Au total, 4 128 000 personnes sont en quête de travail, y compris celles exerçant une activité réduite (+4,3% sur un an).

Le ministre du Travail et de l'Emploi, Xavier Bertrand avait par avance prévenu - fait rare - que les chiffres seraient de nouveau « mauvais ».

Croissance nulle

Après leur publication, le ministre, en visite dans le Gard, a « directement lié » ces résultats à la croissance économique, nulle au deuxième trimestre. Mais il a affiché son « optimisme pour la suite » et réaffirmé son objectif de faire baisser le chômage sous les 9 % en fin d'année, au lieu des 9,2 % enregistrés au premier trimestre (en métropole).

François Chérèque, de la CFDT, voit un lien direct « entre le plan du gouvernement et le chômage ». C'est pourquoi il plaide pour un plan de « soutien à l'économie », ainsi que la « mise en place d'un fonds [...] pour soutenir les entreprises qui pour certaines vont devoir faire du chômage partiel ».

Son de cloche voisin chez Jean-Claude Mailly, de FO, pour qui « il va bien falloir reprendre le dossier du chômage partiel ».

Pour Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis AM, la hausse, « n'est pas vraiment une surprise » : « Le cycle économique ralentit en France comme un peu partout en Europe et ça a une incidence sur le comportement des chefs d'entreprise».

« La remontée des indicateurs du chômage est cohérente avec le ralentissement constaté dans les enquêtes auprès des chefs d'entreprise ces derniers mois », ajoute-t-il.

Pour l'économiste, la question est de savoir « ce qui permettrait de revenir sur une dynamique robuste, qui s'accentuerait en 2012 », alors qu'il juge les prévisions officielles de croissance « optimistes », même revues à la baisse, à 1,75 % pour 2011.

Anne Sonnet, économiste à la division de l'analyse et des politiques de l'emploi de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), redoute les conséquences de la situation sur les jeunes, même si le chômage des moins de 25 ans reste en baisse sur un an. Elle reconnaît l'influence de la conjoncture économique, mais relativise son impact à court terme sur les chiffres du chômage : « il y a souvent beaucoup d'effets de retard ».

Pour elle, le problème est aussi structurel comme en témoigne la hausse inexorable des chômeurs de longue durée, qui « ont de plus en plus de mal à être embauchés » et semblent s'installer dans des durées plus longues encore.

1 571 900 personnes sans activité ou avec activité réduite (+0,8% par rapport à juin, +9,2 % sur un an) ont plus d'un an d'ancienneté sur les listes de Pôle emploi. « C'est un phénomène qu'on observe dans tous les pays de l'OCDE », dit-elle.