La grogne en sourdine

Publié le 13/12/2011
Face à l'austérité, les syndicats, désunis, mobilisent difficilement pour les mouvements prévus aujourd'hui
La grogne en sourdine
La grogne en sourdine
Face à l'austérité, les syndicats, désunis, mobilisent difficilement pour les mouvements prévus aujourd'hui

© L'Est Républicain, Mardi le 13 Décembre 2011 / Ouverture France-Monde

A Paris, les « indignés » n'ont jamais été nombreux, même le 10 décembre, jour de la Journée internationale.

A l'appel d'une intersyndicale CGT-CFDT-UNSA-FSU, sans FO et la CGC, une mobilisation est prévue aujourd'hui, dans toutes les régions de France, contre l'austérité. Bernard Thibaut, le secrétaire général de la CGT, veut dire aux élus qu'ils font « fausse route » et risquent d'amplifier la crise actuelle par des mesures d'austérité qui pourraient conduire à une récession de plus en plus sévère. Mais lui-même paraît sans illusion puisqu'il admet, en même temps, que les Français ne sont pas forcément prêts à descendre dans la rue malgré un « fort mécontentement ». Rassemblements, manifestations et débrayages sont annoncés. Le résultat de ce test ne fait guère de doute. Il y a fort à parier qu'il ne débouchera pas, à court terme, sur un mouvement de grande ampleur. Le leader de la CGT estime qu'il y a « une difficulté à créer un cadre collectif parce qu'il y a du doute sur notre capacité, aux uns et aux autres, à être entendus ». Si ce n'est un aveu de faiblesse, cela y ressemble bigrement. En 2010, malgré la mobilisation forte et longue de milliers de salariés, la réforme des retraites a été adoptée. Cet échec syndical est resté dans les mémoires.

Le calme avant la tempête ?

Une certaine résignation face à la crise et face aux remèdes avancés par les dirigeants européens est incontestable. Jusqu'à quand ? Les pays européens les plus touchés par l'effondrement économique et par la rigueur décidée en retour n'ont pas sombré dans l'agitation sociale et la violence mais la grogne est forte. C'est en Grèce que la situation paraît la plus tendue, avec des affrontements qui ont déjà fait plusieurs blessés à Athènes où la dernière grève générale remonte au 1er décembre. Elle a été marquée par le défilé de 20.000 personnes dans les rues de la capitale. Au Portugal, une grève générale a été bien suivie le 24 novembre dernier. En Italie (lire par ailleurs), c'était hier, avec un débrayage limité à trois heures. Au Royaume-Uni, le 30 novembre, deux millions de personnes ont cessé le travail pour protester contre la réforme des retraites. L'ampleur du mouvement rappelait l'hiver du mécontentement qui, en 1979, précipita la chute des travaillistes. Malgré cela, à l'échelon européen, les mouvements sociaux restent assez limités en dépit d'annonces plutôt brutales. La dernière en date a été faite à Dublin : le gouvernement irlandais revient sur son engagement à ne pas toucher aux salaires des fonctionnaires. Cette remise en cause d'un accord signé avec les syndicats pourrait déclencher un appel à la grève.

Quant aux « indignés », ils n'ont pas réussi à inscrire leur mouvement dans la durée. A Paris, sur l'esplanade de la Défense, ils n'ont jamais été plus d'une cinquantaine, réunis autour d'une quinzaine de tentes. Le calme avant la tempête ? Il suffit parfois d'une étincelle...