La leçon de 2003

Publié le 07/06/2010
Les congrès syndicaux sont rarement des rendez-vous insignifiants.
La leçon de 2003
La leçon de 2003
Les congrès syndicaux sont rarement des rendez-vous insignifiants.

Le Républicain Lorrain, Lundi le 07 Juin 2010 / IG /

 

Celui de la CFDT, à partir de ce lundi à Tours, l'est encore moins que les autres car il est placé sous le signe de la réforme des retraites, dont la précédente, la réforme Fillon de 2003, avait coûté cher à la centrale de François Chérèque : son compromis de dernière minute avec le gouvernement Raffarin avait soulevé une forte contestation interne, accompagnée d'une fuite - en partie vers la CGT - de plusieurs dizaines de milliers de ses membres.

Les brèches sont colmatées, et la CFDT est le premier syndicat français en termes d'adhérents revendiqués, assez loin devant la centrale de Bernard Thibault. Il n'en reste pas moins que les prud'homales de 2008 ont fait apparaître des fragilités résiduelles. Ne serait-ce que par les résultats - vingt pour cent de moins que la CGT - qui traduisent un manque de mobilisation pouvant être analysé comme l'une des séquelles de l'affaire des retraites.

C'est la raison pour laquelle François Chérèque s'est montré d'entrée de jeu moins conciliant à propos de la réforme actuellement sur le métier. En modifiant ses comportements en interne, la direction, qui, cette fois, a longuement pris le pouls de la base, a compris que la modification de l'âge légal constituait la ligne rouge dont la transgression lui était interdite, sous peine de nouveaux et graves remous. Cela tombe bien : le gouvernement n'entend pas faire de concession à ce sujet, favorisant la posture de la confédération sur la question.

Le fait que l'Elysée et le très influent conseiller social Raymond Soubie aient décidé de laisser passer le congrès pour publier leur projet de réforme témoigne de la volonté de ne pas mettre la direction de la CFDT dans l'embarras. Tout au long de la semaine, celle-ci aura l'occasion de confirmer le ton offensif adopté sur les retraites. Sachant qu'elle ne disposera pas d'une forte capacité d'influence ensuite, lorsque le gouvernement entrera dans le vif du sujet. Que François Chérèque n'arrive pas à peser sur les choix élyséens en la matière ne constitue pas nécessairement un mauvais service rendu à un secrétaire général briguant son troisième et ultime mandat.

Philippe WAUCAMPT.