La prime aux salariés fait débat

Publié le 23/04/2011
Soucieux de rechausser les bottes du candidat « du pouvoir d'achat » à un an de la présidentielle, Nicolas Sarkozy a mécontenté tout à la fois le patronat et les syndicats en rendant « obligatoire » le versement d'une prime dans les entreprises de plus de 50 salariés.
La prime aux salariés fait débat
La prime aux salariés fait débat
Soucieux de rechausser les bottes du candidat « du pouvoir d'achat » à un an de la présidentielle, Nicolas Sarkozy a mécontenté tout à la fois le patronat et les syndicats en rendant « obligatoire » le versement d'une prime dans les entreprises de plus de 50 salariés.

© Vosges Matin, Vendredi le 22 Avril 2011 / France / PARIS
 
X. Bertrand : « Cela fait deux ans que les choses traînent. »

Après plusieurs jours de tergiversations, Nicolas Sarkozy a finalement décidé d'imposer à ces entreprises le versement d'une prime, à la condition toutefois qu'elles versent des dividendes à leurs actionnaires et qu'ils aient augmenté. En revanche, les entreprises de moins de 50 salariés seront simplement « incitées » à verser une prime.

Le ministre du Travail Xavier Bertrand a justifié cette initiative en affirmant que « cela fait deux ans que les choses traînent » dans les négociations patronat/syndicats sur le partage de la valeur ajoutée.

Le ministre du Budget François Baroin a laissé entendre que la prime serait exonérée de charges sociales jusqu'à 1 000 EUR.

« Inégalitaire »

L'exonération concernera les cotisations patronales et salariales. En revanche, le salarié acquittera la CSG et la CRDS et le montant de la prime sera imposable. L'employeur devra verser un « forfait social » de 6 %.

Autre zone d'ombre du projet : la période de référence de l'augmentation des dividendes -- une, deux ou trois années - n'est pas davantage fixée. Le texte « sera voté avant l'été » et les décrets d'application « publiés au mois de juillet » pour que la mesure soit opérationnelle dès cette année, a cependant assuré François Baroin.

Patronat et syndicats ont réagi négativement, les seconds exprimant les plus vives critiques sur ce projet « inégalitaire ». Le Medef a parlé d'une « mesure néfaste », qui « risque de laisser entendre » que les employeurs « ne se comportent pas de manière responsable et équitable ». L'initiative gouvernementale « méconnaît les besoins en capitaux » des petites entreprises, selon l'organisation de Laurence Parisot.

Pour la CGPME, « imposer le versement d'une prime aux entreprises de plus de 50 salariés empiète sur la liberté de gestion du chef d'entreprise ».

François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, a qualifié d'« erreur » le principe d'une prime obligatoire dans les grandes entreprises, affirmant que cela allait « diviser les salariés », limiter les hausses de salaire, tout en faisant un « cadeau » au patronat. La CGT a accusé l'exécutif de « bricoler une réponse improvisée, à des fins électoralistes ».

Mêmes critiques à FO, dont le patron Jean-Claude Mailly, a comparé la prime à une « usine à gaz » et aux « maisons à 15 EUR » par jour de Jean-Louis Borloo : beaucoup de bruit, peu de bénéficiaires, selon lui. La CFE-CGC a qualifié le dispositif de « colmatage ».

Le PS a qualifié de son côté cette annonce de « vaste supercherie ».