La retraite, mais pas seulement

Publié le 09/06/2010
L'unité acquise à Tours autour de François Chérèque, les rangs de la fonction publique CFDT n'oublient pas le reste des revendications.
La retraite, mais pas seulement
La retraite, mais pas seulement
L'unité acquise à Tours autour de François Chérèque, les rangs de la fonction publique CFDT n'oublient pas le reste des revendications.

L'Est Républicain, Mercredi le 09 Juin 2010 / France-Monde
 

 

Jean-Luc Villeneuve et Didier Pousin  Photo ER

villeneuve pousin ANTOINE PETRY

A LA BARBE BLANCHE qui ceinture le bas de son visage, masquant avec peine un sourire en coin, on devine l'antériorité du cédétiste soudain plongé dans une inhabituelle sérénité. « Des congrès j'en ai vu, vous savez », souffle Jean-Luc Villeneuve, 62 ans, planté dans les rangs de Touraine. « Mais un consensuel comme celui-là, jamais. Cette fois, tout va bien », constate cet ancien secrétaire général du SGEN CFDT, longtemps membre du bureau national. Alors, à la CFDT, quand tout s'accorde sur l'essentiel, il convient parfois de chercher la petite bête pour trouver matière à réflexion dans une confédération où l'on goûte le plaisir, souvent, de couper les cheveux en quatre par simple goût du débat contradictoire.

« Parler de scandale ne suffit pas »

Et de réclamer une « meilleure prise en compte de la fonction publique » dit-il, soulignant leur rôle dans la cohésion sociale. Car si les fonctionnaires ont un coût pour la Nation, admet-on parfois avec peine dans les rangs, « le coût de leur absence est souvent supérieur », relaie Didier Pousin, 58 ans, professeur de maths dans la région parisienne, lui aussi engagé sous la bannière du SGEN. « Sur ce dossier, le message de la CFDT est un peu brouillé » poursuit-il, « j'attends de ce rendez-vous qu'il permette de le renforcer car les contre-vérités qui fourmillent au quotidien sur les fonctionnaires doivent disparaître ».

La réduction de la dette, l'optimisation des moyens ? « On constate un discours ancré dans l'opinion selon lequel les fonctionnaires sont trop nombreux ou alors ont un rendement insuffisant » souligne l'enseignant. « Il ne faut pas oublier que l'administration fait ce que le secteur marchand ne veut pas faire. Pourtant, on voit bien que lorsqu'on appréhende les mêmes objectifs que ceux d'une entreprise privée pour les écoles, les hôpitaux ou les bureaux de Poste, ce sont toujours les mêmes populations déjà en souffrance qui paient l'addition. Le résultat, c'est qu'on accentue le fonctionnement d'une France à deux vitesses »

Alors, dans les rangs, on attend de l'embellie printanière tourangelle qu'elle n'agisse pas comme un anesthésiant impulsé par le fédérateur dossier des retraites. « Il ne suffit pas de dire que le gouvernement agit de manière scandaleuse » prévient Jean-Luc Villeneuve. « Qu'il doive y avoir un débat, d'accord. Qu'il faille modifier quelque chose pour tenir compte de moyens en baisse, tout le monde le comprend, mais il faut agir avec nuance » dit-il, trouvant un parallèle dans la posture cédétiste sur la retraite : intraitable sur les 60 ans, à l'écoute sur la négociation lorsqu'elle s'accompagne de conditions de protection pour les salariés confrontés aux tâches les plus pénibles. « Les services publics agissent comme de la prévention, et on les laisse partir les services publics à vau-l'eau » dénonce Didier Pousin. « Mais quand prendra-t-on le temps de calculer le coût social de leur disparition » ?

Antoine PETRY