La vraie-fausse défaite des syndicats

Publié le 02/11/2010
Les syndicats ont échoué à faire plier le président Nicolas Sarkozy sur la réforme des retraites, mais leur légitimité, assise sur un mouvement populaire sans précédent et qui n'est pas fini, sortira paradoxalement renforcée de ce bras de fer, estiment syndicalistes et experts.
La vraie-fausse défaite des syndicats
La vraie-fausse défaite des syndicats
Les syndicats ont échoué à faire plier le président Nicolas Sarkozy sur la réforme des retraites, mais leur légitimité, assise sur un mouvement populaire sans précédent et qui n'est pas fini, sortira paradoxalement renforcée de ce bras de fer, estiment syndicalistes et experts.

© Vosges Matin, Samedi le 30 Octobre 2010 / France / PARIS

 

Construit sur une assise populaire, le succès de la mobilisation n'était pourtant pas assuré au départ. (Photo MAXPPP)

Alors que le conflit baisse d'intensité, les organisations syndicales, dont la faiblesse est régulièrement évoquée, ont engrangé des acquis qui étaient encore loin d'être gagnés il y a deux mois.

« Il n'y a pas de défaite », déclarait jeudi le leader de la CFDT François Chérèque, alors que des centaines de milliers de personnes manifestaient à nouveau, malgré le vote de la loi la veille, avant une dernière journée d'action le 6 novembre.

Nul abattement non plus chez le principal animateur des grèves et blocages des raffineries. A en croire Charles Foulard (CGT), les syndicats « ont gagné la bataille des idées ». « Nos argumentations sur la possibilité d'avoir une autre réforme, notamment sur le financement, ont été entendues ».

Le rapport de force a changé. « Avec la crise économique de 2008-2009, un sentiment de fatalité s'était installé chez les salariés. On a réussi à soulever la chape de plomb et à montrer que l'action collective, ça peut marcher. Cela crée de la confiance à l'égard des organisations syndicales », relève Bernadette Groison, numéro un de la FSU.

« Unis et responsables »

Pour les syndicats, la bataille n'est pas terminée. « Je n'oublierai jamais le dossier des retraites », lance Jean-Claude Mailly, numéro un de FO. Selon Bernard Thibault, « on n'apprécie pas le résultat d'un mouvement à un instant t », surtout quand la mobilisation est aussi massive et enracinée.

Même déboutés, les syndicats « pourront arguer qu'ils ont fait le maximum tout en restant unis et responsables. L'opinion leur en saura durablement gré et renverra à Nicolas Sarkozy la responsabilité des tensions », déclarait récemment aux Echos Jean-Marie Pernot, un spécialiste du mouvement social.

Secrétaire général de l'Unsa, Alain Olive tire une autre conclusion. « A l'avenir, on ne pourra plus réformer à la hussarde sans déclencher une tempête sociale. Même ceux qui ricanent sur le taux de syndicalisation dans notre pays ont pu mesurer l'influence des organisations syndicales », souligne-t-il.

Les syndicats sont-ils pour autant sortis de ce que la chercheuse Sophie Béroud nommait leur « impasse stratégique », au vu des résultats en demi-teinte des grandes manifestations anti-crise de l'hiver 2009 ?

Non, répond Stéphane Sirot, spécialiste des conflits sociaux, car « ces grandes journées qui emmènent des millions de manifestants ne permettent plus d'obtenir des résultats concrets ». Selon lui, « ce recentrage » des syndicats « les place dans une position délicate », leur crédibilité se mesurant aussi à l'aune de « leur efficacité à voir leurs revendications satisfaites ».