Le chômage au plus haut

Publié le 08/06/2012
Le taux de chômage a augmenté trois fois plus vite au premier trimestre 2012 (+ 0,3 point) et concerne désormais 9,6 % de la population active en France métropolitaine, atteignant ainsi les niveaux dégradés de 1999.
Le chômage au plus haut
Le chômage au plus haut
Le taux de chômage a augmenté trois fois plus vite au premier trimestre 2012 (+ 0,3 point) et concerne désormais 9,6 % de la population active en France métropolitaine, atteignant ainsi les niveaux dégradés de 1999.

© L'Est Républicain, Vendredi le 08 Juin 2012 / Ouverture France-Monde + Vosges Matin

 

 

Mauvaise nouvelle sur le front de l'emploi : le taux de chômage concerne désormais 10 % de la population active en France (y compris les départements d'outre-mer). Les taux de chômage des jeunes, comme des seniors, ont augmenté tous deux de 0,2 point en un trimestre et 86.000 personnes de plus se sont retrouvées au chômage, portant à 2,7 millions le nombre de chômeurs en France métropolitaine au premier trimestre, selon les statistiques de l'Insee publiées hier. La dégradation est plus forte ce trimestre que les deux trimestres précédents (+0,1 pt selon les chiffres révisés par l'Insee).

La barre symbolique des 10 % franchie d'ici la fin de l'année

Les taux calculés par l'Insee selon les normes du Bureau international du travail donnent une projection du nombre de chômeurs différente du chiffre des inscrits à Pôle emploi, fourni chaque mois par le ministère du Travail (en hausse depuis un an, de 0,1 % en avril) mais la tendance est identique. « On est dans un scénario de nette montée du chômage. On dépasse ce trimestre le précédent pic de fin 2009 pour retrouver les niveaux de 1999 », commente Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des Conjonctures économiques (OFCE).

La barre symbolique des 10 % de chômage en métropole « sera franchie d'ici la fin de l'année car le faible niveau de croissance prévu (0,2 % en 2012 pour l'OFCE) sera insuffisant pour stabiliser le chômage », ajoute-t-il.

L'Insee prévoit depuis fin 2011 une aggravation du chômage au premier semestre 2012, à 9,7 % en France métropolitaine (10,1 % Dom compris).

Les chiffres provisoires des créations nettes d'emploi diffusés par l'Insee en mai avaient été étonnament positifs pour les trois premiers mois de l'année. L'aggravation du chômage au 1er trimestre est cette fois « cohérente au regard de la croissance nulle » et des 61.000 destructions d'emploi attendues sur le premier semestre, souligne M. Plane.

A quelques jours des élections législatives, ce nouveau bond accroît la pression sur le gouvernement de Jean-Marc Ayrault qui a fait de la lutte contre le chômage, principale préoccupation des Français, sa « priorité n°1 ». Il y a « urgence », a commenté le ministre du Travail, Michel Sapin, en ajoutant qu'il « faut agir à deux grands niveaux » contre le chômage : « la croissance et les outils », tels que le « contrat de génération », les « emplois d'avenir » et la suppression de l'exonération sur les heures supplémentaires.

Problème « plus vaste » que la multiplication des plans sociaux

Sans attendre la conférence sociale prévue les 9 et 10 juillet pour lancer la négociation sur ces outils, le gouvernement mobilisera tous les « moyens disponibles » pour financer davantage de contrats aidés sur le second semestre et donnera des moyens supplémentaires à Pôle emploi, a annoncé M. Sapin.

Les statistiques de l'Insee montrent une aggravation du taux de chômage des 15-24 ans, à 22,5 %, ce qui représente 630.000 jeunes au chômage.

Celui des plus de 50 ans augmente dans la même proportion (+0,2 pt) à 6,6 %, soit 498.000 personnes. Cependant, le taux d'emploi des seniors (55-64 ans) poursuit sa progression (+0,7 pt sur un trimestre, +3 pt sur un an) à 43,5 % de la classe d'âge, en raison de la réforme des retraites.

Globalement, le taux d'emploi diminue de 0,1 pt au premier trimestre pour s'établir à 63,8 %. Le recours au chômage partiel, qui avait baissé au dernier trimestre 2011, double quasiment en un trimestre pour concerner près de 100.000 personnes, note M. Plane, « signe que les carnets de commandes des entreprises sont en chute ».

Pour François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, ces chiffres montrent que des « dizaines de milliers de personnes, individuellement tout seul dans leur petite entreprise [...] perdent leur emploi » et que le problème est « plus vaste » que la multiplication des plans sociaux.