Le collège, maillon faible du système

Publié le 10/04/2011
Le collège unique est à la recherche d'un second souffle. Le point sur ce « maillon faible » du système éducatif français.
Le collège, maillon faible du système
Le collège, maillon faible du système
Le collège unique est à la recherche d'un second souffle. Le point sur ce « maillon faible » du système éducatif français.

© Vosges Matin, Dimanche le 10 Avril 2011 / Fait du jour 
 
Des spécialistes préconisent l'individualisation des parcours. Mais la majorité des enseignants n'est pas prête d'aller aussi loin. 
 
Manifestation au lycée Jean-Baptiste Vuillaume de Mirecourt. Des parents et professeurs inquiets. (Archives) 

Classes surchargées, élèves décrocheurs, désarroi des enseignants : les acteurs du monde éducatif jugent que le collège unique a besoin d'un second souffle mais ils sont plus partagés sur les remèdes à apporter pour sortir de la crise. « Il y a un grand niveau de souffrance au collège, autant pour les élèves que pour les personnels. Le collège est totalement inadapté à son public et à ses objectifs », constate Guy Vauchel, co-responsable de la politique éducative au Sgen-CFDT, troisième fédération de l'enseignement.

« Il faut se rendre à l'évidence : le collège unique, par son enseignement uniforme, n'est pas parvenu à faire réussir chaque élève », a concédé l'entourage du ministre de l'Education nationale Luc Chatel. A l'initiative du Snes-FSU, premier syndicat d'enseignants dans les collèges et lycées, plusieurs organisations ont lancé mercredi dernier un appel pour « redonner un avenir au collège ». La première salve était venue le 17 mars du SE-Unsa qui avait appelé à « améliorer les conditions d'enseignement au collège », notamment en cessant les suppressions de postes.

« On prend de plein fouet la baisse des effectifs », confirme Gaby Emery, professeur de physiques dans l'Isère. « Le collège a besoin d'un second souffle et d'une vraie réflexion sur ce qu'on fait des élèves en difficulté. On pourrait détacher l'élève de sa classe quelques heures par semaine pour faire du soutien spécialisé par exemple. Mais pour cela, il faut plus de moyens », ajoute-t-il.

« Nous ne sommes pas assez pour faire du suivi personnalisé », confirme Joëlle Cognie qui enseigne les SVT à Angers. « On arrive à une trentaine d'élèves par classe dans certains établissements. On ne peut pas tout voir, des élèves décrochent car on n'arrive pas à diagnostiquer les élèves en difficulté. »

En octobre dernier, le Haut Conseil de l'éducation avait estimé que le collège était dans une situation « préoccupante ». D'après l'instance consultative, un élève sur cinq sort du collège avec de graves lacunes en français et maths.

Et selon un sondage publié mardi, à peine la moitié des Français (51 %) estiment que le collège fonctionne bien (lire ci-dessus).

Pour remédier à ces problèmes, l'Association des parents d'élèves de l'école libre (Apel), qui a commandé le sondage, propose de tout « repenser » : la formation et la rémunération des enseignants, l'évaluation, les programmes, les rythmes scolaires et le redoublement.

Des spécialistes préconisent un changement encore plus radical qui supposerait une refonte totale du système et une remise en cause du « collège unique », principe qui date de 1975.

« Il y a des tabous à faire sauter », déclare André Giordan, auteur du livre « Changer le collège, c'est possible ». « Pourquoi répartir les élèves par classes ? Ils devraient pouvoir avancer plus ou moins vite selon les matières et leurs difficultés », ajoute-t-il.

Mais la majorité des enseignants n'est pas prête à aller aussi loin. « L'individualisation des parcours, c'est ingérable. Il faut maintenir le plus possible le groupe classe avec la possibilité de travailler en groupes », selon Frédérique Rolet, co-secrétaire générale du Snes.

Si aucune grande réforme n'est prévue d'ici à 2012, deux « expérimentations » interviendront à la prochaine rentrée, a précisé le ministère : un accompagnement personnalisé en 6e et la création d'une 3e « prépa-pro ».

« Il s'agit de permettre une certaine diversification des parcours au collège, s'appuyant sur la diversité des centres d'intérêt des élèves et de leurs talents, tout en veillant à leur réversibilité, pour éviter l'orientation par l'échec », a-t-il ajouté.