Le seuil des trois millions

Publié le 03/09/2012
Le ministre du Travail a annoncé hier que le seuil des trois millions de chômeurs avait été franchi.
Le seuil des trois millions
Le seuil des trois millions
Le ministre du Travail a annoncé hier que le seuil des trois millions de chômeurs avait été franchi.

© L'Est Républicain, Lundi le 03 Septembre 2012 / Ouverture France-Monde + Vosges Matin

 

 


 

Michel Sapin : « Oui, cela va encore augmenter ». Photo AFP

Le seuil symbolique des 3 millions de demandeurs d'emploi sans activité, quasiment atteint fin juillet, est désormais franchi, sans espoir d'amélioration à court terme, a affirmé hier le ministre du Travail Michel Sapin, à l'issue d'une semaine chargée sur le front de l'emploi.

« Les 3 millions, c'est déjà fait », a déclaré le ministre à Radio J.

« Nous disons tous qu'au cours de l'année 2013, il faut qu'il y ait une inversion de la courbe du chômage. C'est pour cela qu'il y a une politique au niveau européen, [...], c'est pour cela qu'il faut une politique de l'emploi, une politique sociale », a-t-il dit.

En juillet, la plus forte hausse était enregistrée depuis plus de trois ans, pour atteindre 2,987 millions de personnes et même 3,232 millions avec l'outre-mer.

Au total, DOM compris, 4,733 millions de demandeurs d'emploi (avec ou sans activité) étaient alors recensés.

Chérèque pour une « accélération des réformes »

Longtemps supérieur à 3 millions en métropole dans les années 90, le nombre de demandeurs d'emploi sans activité, était passé sous cette barre mi-1999, pour tomber même sous les 2 millions début 2008, avant de se remettre à croître inexorablement sous l'effet de la crise. Après les chiffres « vraiment mauvais » de juillet, les partenaires sociaux comme le numéro un de FO, Jean-Claude Mailly, ont appelé le gouvernement « à modifier sa politique économique ». Le leader de la CFDT, François Chérèque, a prôné ce week-end une « accélération des réformes ».

Pour Michel Sapin, « la question est : est-ce que cela va augmenter encore beaucoup ? Oui, cela va augmenter ». « Est-ce qu'à un moment donné on peut l'inverser ? Oui, on peut l'inverser. Ce sont des décisions économiques, ce sont des décisions européennes qui sont là », a-t-il dit.

« Il faut de la croissance pour pouvoir créer des emplois et ainsi lutter véritablement contre le chômage », a-t-il souligné.

Les emplois d'avenir

Face à l'urgence de la situation, François Hollande, a consacré mercredi dernier le premier conseil des ministres de la rentrée à « la bataille pour l'emploi », considérée comme « l'enjeu numéro un du quinquennat ».

Michel Sapin y a présenté sa première mesure phare, les « emplois d'avenir » pour les jeunes non qualifiés, visant 150.000 contrats en 2014, dont 100.000 dès 2013. Pour les 120.000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, le taux de chômage dépasse les 40 %.

Après ce projet suivront en 2013 les « contrats de génération », qui vont « permettre à des jeunes de rentrer dans l'emploi en CDI et permettre à des plus âgés de rester dans l'entreprise », a rappelé M. Sapin.

L'ouverture de la négociation est prévue « dans quelques jours » avec l'objectif de créer 500.000 contrats en cinq ans.

Le gouvernement lancera aussi la délicate négociation sur la « sécurisation de l'emploi » le 10 septembre en transmettant aux partenaires sociaux un document d'orientation.

« Le contrat de travail n'est plus un contrat stable », a affirmé M. Sapin qui estime qu'il faut « revoir cela pour donner plus de sécurité dans l'emploi ».

« Adaptation » et non « flexibilité »

Mais, pour Michel Sapin, « de l'autre côté », les entreprises doivent aussi « pouvoir s'adapter » aux nouvelles donnes économiques.

« Il faut permettre une adaptation en terme d'organisation du travail, en terme de localisation de l'emploi, aussi en terme de quantité d'emplois », a estimé le ministre, choisissant, à l'instar du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, de parler d'« adaptation » plutôt que de « flexibilité ».

« Je ne sais pas ce que c'est que la flexibilité, je sais ce que cela veut dire dans la bouche de certains, cela veut dire qu'il faut que les salariés courbent l'échine », a-t-il lancé.