Le Smic au minimum : les syndicats mécontents

Publié le 16/12/2009
Le Smic passera au 1er janvier de 8,82 euros à 8,86 euros de l'heure, soit un gain brut de quatre centimes. Les syndicats qui attendaient un véritable coup de pouce dénoncent cette politique du minimum.
Le Smic au minimum : les syndicats mécontents
Le Smic au minimum : les syndicats mécontents
Le Smic passera au 1er janvier de 8,82 euros à 8,86 euros de l'heure, soit un gain brut de quatre centimes. Les syndicats qui attendaient un véritable coup de pouce dénoncent cette politique du minimum.

© Le Républicain Lorrain, Mercredi le 16 Décembre 2009


Le gouvernement a décidé une augmentation de 0,5 % du Smic pour 2010. Cette revalorisation, cantonnée au minimum légal, est jugée « insuffisante » par les syndicats partisans d'un soutien à la consommation et qui prédisent une hausse des conflits.

2010 sera la quatrième année consécutive sans coup de pouce au Smic, ce que la présidente du Medef, Laurence Parisot a jugé « sain » et que le ministre du Travail Xavier Darcos a invité « à comparer avec la faible inflation ».

« Un gel de fait »

Elu en 2007 pour être le « président du pouvoir d'achat », Nicolas Sarkozy mène aussi une politique de baisse des coûts du travail, propice, selon lui, au maintien dans l'emploi des moins qualifiés.

« On est pris entre la nécessité de s'intéresser aux salaires les plus modestes et celle tout aussi impérieuse de faire en sorte que l'économie reparte et que les négociations soient possibles. En fixant un minimum trop haut, on décourage la négociation », a exposé Xavier. Darcos.

« Nous avons suivi le groupe d'experts », a-t-il ajouté, chiffrant le gain de pouvoir d'achat du Smic entre janvier 2009 et 2010 à +1,3 %.

Le ministre a rappelé qu'à partir de 2010, les entreprises qui traîneront à ouvrir une négociation salariale annuelle, en principe obligatoire, s'exposent à perdre 10 % de leurs réductions de cotisations sociales.

La revalorisation, qualifiée de « honte » par la CGT pour qui « c'est en fait un gel du Smic », portera le Smic horaire à 8,86 euros jusqu'en 2011, soit à 1.343,77 euros brut mensuels pour 35 heures hebdomadaires (environ 1 051 euros net).

Plus de 640 000 personnes, rémunérées sur cette base, travaillent à temps partiel. Le Smic concerne environ un salarié sur dix, en incluant administrations ou intérimaires, soit quelque 2,6 millions de personnes.

Les smicards sont nombreux dans l'hôtellerie-restauration, le nettoyage, ou la vente de vêtements.

« 2 centimes net de l'heure en plus, cela coûtera plus cher de changer les logiciels de paye », a raillé Maryse Dumas (CGT) rappelant que « la France est le pays avec le plus de salariés payés » au Smic « et parfois toute leur carrière ». Elle a prédit « une augmentation de la conflictualité ».

Conflits en vue

Pour FO aussi, « les conflits vont augmenter » car « il sera difficile pour les salariés au bas de l'échelle de faire face aux augmentations dans le logement, les transports », a estimé Marie-Alice Medeuf-Andrieu.

« C'est insuffisant, nous sommes dans un pays où l'économie est soutenue par la consommation », a critiqué Gabrielle Simon (CFTC).

Même la CFDT, hostile d'habitude aux coups de pouce, « a demandé qu'on aille jusqu'à 1,5 % » car « les charges fixes augmentent plus vite que l'inflation », selon François Chérèque.

Selon la CFE-CGC, « de plus en plus de cadres sont payés au Smic ».

Le Smic est le minimum en dessous duquel il est interdit de payer un salarié, quel que soit son âge, secteur ou lieu d'activité.

Depuis 1970, il est revalorisé selon l'inflation et l'évolution du pouvoir d'achat du salaire horaire de base ouvrier (SHBO). Un rempart dont ne bénéficient pas les agriculteurs dont les revenus chutent drastiquement. En 2009, un éleveur laitier n'a gagné que 9 000 euros en moyenne, soit par mois moins que le Smic.

Le patronat a exprimé, lui, sa « satisfaction » (CGPME), jugeant la revalorisation « raisonnable » vu « les problèmes de trésorerie » avec la crise (UPA).

La hausse au 1er janvier, « influera forcément sur les négociations » dans les branches et entreprises, a estimé Patrick Liébus (UPA). Pour la CGT, ce changement de calendrier (l'augmentation intervenait auparavant au 1er juillet) constitue « un pas vers l'annualisation du Smic et sa déréglementation ».