Le spectre de la pénurie

Publié le 22/02/2010
Malgré les engagements de Christophe de Margerie, la grève risque de se durcir après la rupture des négociations entre syndicats et direction de Total.
Le spectre de la pénurie
Le spectre de la pénurie
Malgré les engagements de Christophe de Margerie, la grève risque de se durcir après la rupture des négociations entre syndicats et direction de Total.

Lundi 22 Février 2010, © L'Est Républicain / FRANCE 
 
Les salariés de la raffinerie de Donges qui soutiennent leurs collègues de Dunkerque ont stoppé la production de carburant, du coup les stations de l'agglomération de Nantes n'ont plus une seule goutte d'essence dans les réservoirs. 

La grève illimitée dans les raffineries de Total, qui pourrait entraîner une pénurie d'essence si elle se prolonge, va se poursuivre au- jourd'hui et risque de se durcir, malgré les tentatives de la direction et du gouvernement de rassurer les salariés. Les négociations direction-syndicats qui se déroulaient au siège du groupe à La Défense ont été rompues dimanche en début de soirée. Auparavant, le PDG de Total Christophe de Margerie, reçu par le ministre de l'Industrie Christian Estrosi, avait promis de compenser la très probable fermeture de la raffinerie de Dunkerque (370 salariés, et 400 à 450 chez les sous-traitants), à l'origine du conflit, en maintenant une activité industrielle sur le site.

« Le site des Flandres ne fermera pas » 

Dans une brève déclaration devant la presse, à l'issue de la rencontre, M. Estrosi a indiqué que « Total s'engage à tout faire pour maintenir une activité industrielle permettant au port de Dunkerque et à l'ensemble des sous-traitants actuels de conserver leur niveau d'activité et d'emploi ».
« Tout cela signifie que le site industriel des Flandres ne fermera pas, conformément à l'engagement de M. de Margerie », a-t-il insisté.
Il s'est défendu d'avoir l'intention de s'immiscer dans la stratégie de l'entreprise. « Mais il est de notre devoir de veiller à ce qu'aucun salarié de Dunkerque, à l'intérieur de la raffinerie comme à l'extérieur, ne se retrouve sans emploi », a-t-il dit.
Mais pour Charles Foulard (CGT) «contrairement aux propos de M. Estrosi et de M. de Margerie, la direction en est resté aux simples annonces d'intention de participation à une table ronde sur Dunkerque et à une table ronde nationale (sur le raffinage pétrolier en général) sans aucune garantie. Nous allons appeler les salariés à durcir le mouvement. Des assemblées générales sont prévues à partir de lundi dans tout le groupe».
«La grève continue, elle sera votée lundi sur tous les sites», a affirmé Philippe Wullens (Sud).

« Prendre ses précautions »

Si le conflit ne semble pas avoir provoqué de pénurie de carburants durant le chassé-croisé sur les routes des vacanciers, des automobilistes ont pris leurs précautions pour, selon l'expression de l'un d'entre eux, « ne pas tomber en rade à cause de la grève », provoquant parfois l'assèchement de certaines pompes.
Ainsi, à Rennes, une station-service était fermée hier matin faute de carburants, et à Toulouse la fréquentation des stations-services du centre-ville et de la périphérie était, pour un dimanche, sensiblement supérieure à l'accoutumée. Une station Total située sur le périphérique toulousain était en rupture de gasoil en début d'après-midi.
Total doit en principe annoncer officiellement le 29 mars ses décisions pour Dunkerque. Il a indiqué à plusieurs reprises qu'il garantirait à chacun des salariés, en grève depuis un mois, « un emploi » dans le groupe « correspondant à ses compétences », sans « aucun licenciement », et qu'il ferait « preuve de responsabilité à l'égard du port de Dunkerque et des entreprises sous-traitantes ».

Exxonmobil aussi

Selon Total, qui assure environ la moitié de l'approvisionnement des stations-services françaises, aucune autre raffinerie du groupe n'est menacée de fermeture.
Ces déclarations n'avaient pas rassuré les salariés des cinq autres raffineries -Gonfreville-L'Orcher (Seine-Maritime), Donges, Grandpuits, Feyzin (Rhône), La Mède (Bouches-du-Rhône)- en grève depuis mercredi à l'appel de la CGT, Sud, la CFDT et FO.
Total assure environ la moitié de l'approvisionnement des stations-services françaises.
Mais la CGT d'Exxonmobil a appelé vendredi les salariés des deux raffineries du groupe, à Port-Jérôme-Gravenchon (Seine-Maritime) et Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), à faire grève eux aussi à partir de demain.