Les 35 heures « détricotées »

Publié le 31/01/2012
Adapter le temps de travail des salariés en fonction de la conjoncture économique à travers les pactes compétitivité-emploi est un moyen, pour Nicolas Sarkozy, de tourner la page de la réduction du temps de travail
Les 35 heures « détricotées »
Les 35 heures « détricotées »
Adapter le temps de travail des salariés en fonction de la conjoncture économique à travers les pactes compétitivité-emploi est un moyen, pour Nicolas Sarkozy, de tourner la page de la réduction du temps de travail

© L'Est Républicain, Mardi le 31 Janvier 2012 / Ouverture France-Monde

 

Les syndicats opposés à toute remise en cause de la durée légale du temps de travail. Photo AFP

LE PRÉSIDENT de la République a pris les syndicats à rebrousse poils, dimanche, lors de son intervention télévisée, en annonçant que le Premier ministre allait écrire aux partenaires sociaux « dès lundi » pour leur demander de négocier des accords de compétitivité-emploi « dans les deux mois qui viennent ».

Il s'agit de permettre aux entreprises de négocier le temps de travail des salariés en fonction de l'activité du moment. La baisse du temps de travail engendrerait une réduction des salaires mais permettrait, le cas échéant, de garantir les emplois.

Cet accord « s'imposera à la loi et aux contrats individuels », a précisé Nicolas Sarkozy. Autrement dit, il n'est plus question d'accords de branches mais d'accords au sein même des entreprises pour décider « de privilégier l'emploi sur le salaire ou le salaire sur l'emploi ». Interrogé pour savoir si c'était une façon de contourner la loi sur les 35 heures, Nicolas Sarkozy a répondu « exact ». En rappelant au passage que « les 35 heures n'ont été copiées par personne dans le monde ».

Une idéologie

Si le Medef est favorable à cette mesure, les syndicats la dénoncent fermement. « Nous sommes hostiles à la remise en cause de la durée légale du temps de travail », rappelle Patrick Pierron, secrétaire national de la CFDT en charge du Travail, de la politique industrielle, du développement durable et de la recherche. « Négocier entreprise par entreprise est une catastrophe. Le délai de deux mois imposé par le président nous paraît un peu court. Et on ne sait pas vraiment ce qu'il y a à négocier ».

La CFDT n'est pas opposée à des négociations autour du temps de travail à condition que ce soit transitoire et qu'il y ait des contreparties. Patrick Pierron souligne que « le coût du travail est l'un des éléments de la compétitivité, mais il n'est pas déterminant. Le problème de la France c'est son retard sur la formation des salariés, le retard sur l'innovation et la recherche, sur le manque de coopération entre les entreprises, sur l'inégalité, l'emploi des jeunes et des seniors... L'approche du président est une approche dogmatique. C'est une idéologie qui se confirme ».

Des emplois

Inspirée de la logique du « partage du travail », la loi sur les 35 heures par semaine mise en place par Martine Aubry sous le gouvernement Jospin avait pour but de créer des emplois. Mais les effets réels sur l'économie ont donné lieu à de vifs débats. En 2004, une étude de l'Insee estimait que la réduction du temps de travail (RTT) avait permis la création de 350.000 postes entre 1998 et 2002.

Avec la crise économique, la réduction du temps de travail est régulièrement remise en cause, notamment par la droite. La défiscalisation des heures supplémentaires votée au sein de la loi TEPA (Travail Emploi Pouvoir d'Achat) en 2007 fut un premier coup porté aux 35 heures. L'objectif étant de « travailler plus pour gagner plus » selon le slogan de campagne de Nicolas Sarkozy.

Marcel GAY