Les hésitations des grévistes

Publié le 16/10/2010
Pertes de salaires, culture d'entreprise, crainte d'être isolés : autant de raisons avancées par les syndicats pour expliquer l'hésitation des salariés face à la grève reconductible contre la réforme des retraites, sauf dans les raffineries et à un degré moindre à la SNCF.
Les hésitations des grévistes
Les hésitations des grévistes
Pertes de salaires, culture d'entreprise, crainte d'être isolés : autant de raisons avancées par les syndicats pour expliquer l'hésitation des salariés face à la grève reconductible contre la réforme des retraites, sauf dans les raffineries et à un degré moindre à la SNCF.

© L'Est Républicain, Samedi le 16 Octobre 2010 / France-Monde

 

La grève est moins lourde de conséquences pour les salariés de Total que pour d'autres. Photo MAXPPP

 

Jusqu'ici, l'intersyndicale a misé sur des journées de grèves et de manifestations à intervalles rapprochés, malgré la volonté chez des syndicats Sud ou FO de durcir le mouvement.

Certaines entreprises sont néanmoins touchées par des grèves reconductibles depuis mardi, « seul niveau d'action qui permettra de faire reculer le gouvernement », selon Charles Foulard (CGT Total).

Le régime particulier de Total

Dans les raffineries, la CGT chimie, première fédération du secteur en désaccord avec la ligne réformiste de Bernard Thibault, a lancé cet appel ferme à la reconduction. Le fort suivi peut s'expliquer par plusieurs facteurs. D'une part, le blocage de l'approvisionnement en carburants est une arme des plus puissantes.

De plus, les salariés notamment de Total, ont davantage les moyens financiers de se mobiliser, d'autant que le groupe paye parfois partiellement les salaires des jours de grève. Chez Total, le personnel posté part à la retraite au plus tard à 57 ans, un régime maison qui ne devrait pas être remis en cause.

À la SNCF, la situation est toute autre : la grève a démarré fort mardi, mais le taux de grévistes a depuis chuté. Les cheminots veulent bien « jouer un rôle particulier dans le mouvement, à condition d'être dans un groupe de plusieurs locomotives », a répété Didier Le Reste (CGT-cheminots). Or la plupart des autres secteurs professionnels peinent à suivre.

À la RATP, la grève reconductible a fait un flop, de l'aveu même des syndicats qui l'avaient proposée. L'absence d'appel de l'Unsa, 2e syndicat, a pesé chez les conducteurs.

Dans le privé, les grèves reconductibles, éparses, prennent souvent la forme de débrayages quotidiens de quelques heures, comme chez Arkema, Rhodia, Yoplait, Michelin et d'autres entreprises métallurgiques.

Chez ArcelorMittal, où les taux de grévistes sont très faibles, Patrick Auzanneau (CFDT) assure que les salariés « sont très sensibles » au projet de réforme et à son volet pénibilité mais ne font pas grève pour autant, en raison du chômage partiel subi pendant la crise et « de l'absence de culture de grève dans l'entreprise ».

Cas isolé dans le privé, une petite centaine de salariés de PCM (pompes) à Champtocé-sur-Loire (Maine-et-Loire), reconduisent leur mouvement depuis mercredi. « Il faut bien que des premiers se lancent », estime Didier Testud (CGT), pour « amorcer un mouvement plus large ».