Les salariés déboussolés

Publié le 04/01/2012
SeaFrance : investir ses indemnités dans le rachat de l'entreprise, n'est-ce pas le cadeau empoisonné de l'Etat ?
Les salariés déboussolés
Les salariés déboussolés
SeaFrance : investir ses indemnités dans le rachat de l'entreprise, n'est-ce pas le cadeau empoisonné de l'Etat ?

© L'Est Républicain, Mercredi le 04 Janvier 2012 / France-Monde

 

Espoir, ou manipulation ? Photo AFP

MÊME S'ILS ESPÈRENT ÉVITER son naufrage, les salariés de SeaFrance sont partagés à l'idée de se séparer de leurs indemnités de licenciement.

Nombre de salariés présents hier devant le tribunal de commerce de Paris accueillaient « la volte-face » du gouvernement avec méfiance, y voyant un effet d'annonce à moins de quatre mois de la présidentielle.

« L'Etat ne s'engage sur rien. C'est un cadeau empoisonné et pour l'instant on est des pantins politiques », a commenté Flavien Agez, l'un des 880 CDI employés à Calais.

Le projet de Société coopérative et participative (Scop), proposé par la CFDT Maritime Nord, est le seul dossier de reprise pour cette filiale (fret et passager) de la SNCF largement déficitaire.

Jusqu'ici réticent à soutenir la reprise par ses propres salariés, le gouvernement a finalement décidé de donner sa chance au projet de coopérative, pour l'heure non financé. Nicolas Sarkozy a demandé à la SNCF d'apporter son aide par le versement d'indemnités exceptionnelles, qui s'élèveraient à 50 ou 60.000 EUR, selon la ministre de l'Ecologie et des Transports, Nathalie Kosciusko-Morizet.

Actuellement, 600 salariés sont adhérents de la coopérative, selon la CFDT Maritime Nord. Mais en l'état actuel du projet gouvernemental, les salariés semblent peu enclins à injecter leur éventuelle prime de licenciement, car cette offre prévoit le rachat des bateaux par la SNCF, qui les relouerait à la Scop.

« Si on est propriétaire des (quatre) bateaux, je mets la prime, sinon non, on ne tient pas un an. Les élections seront passées et on se retrouvera au chômage sans rien », estime M. Agez. Celui-ci fait valoir qu'en plus de l'entretien des navires, il faudrait que la Scop récupère les clients de SeaFrance partis chez la concurrence depuis le placement en liquidation judiciaire prononcé le 16 novembre et l'arrêt des rotations.

« Ça reviendrait à payer pour travailler »

Les salariés sont « déboussolés » face à « ces chiffres un peu surréalistes qui circulent pour l'instant ». « On ne sait rien », ajoute Dominique, décrivant des salariés « comme des lions en cage » alors que « la mer est leur coeur de métier ».

Pour Cyril Deblock, investir ses indemnités de licenciement reste « un gros point d'interrogation ». « Il fallait que l'Etat investisse dans la Scop et pas laisser la réponse aux salariés », a-t-il déploré. Là, ils ferment la boîte et nous disent : « débrouillez-vous ». Nous ne sommes pas propriétaires de nos bateaux, ça reviendrait à payer pour travailler », dit-il, soulignant qu'« on ne sera jamais 100 % de salariés à mettre dans la Scop les indemnités de licenciement ».

Certains font valoir l'approche de la retraite pour expliquer les hésitations, et le fait que certaines catégories de marins, les officiers notamment, pourront retrouver un emploi plus facilement.

Reste une semaine aux salariés pour peaufiner la partie finance de leur projet, avant une prochaine audience le 9 janvier.

Nicolas Sarkozy s'affiche déterminé à « agir » pour l'emploi en s'impliquant dans l'avenir de SeaFrance, un volontarisme qui risque de buter sur la réalité mais vise à montrer qu'il est un président aux commandes, à quelques mois d'une élection incertaine pour lui.