Malaises

Publié le 08/10/2010
Alain Juppé se disait « droit dans ses bottes » lors de la réforme de la protection sociale de 1995, juste avant de retirer son projet. Ses lointains successeurs de 2010 ont des bottes dans lesquelles ils semblent de plus en plus gênés aux entournures.
Malaises
Malaises
Alain Juppé se disait « droit dans ses bottes » lors de la réforme de la protection sociale de 1995, juste avant de retirer son projet. Ses lointains successeurs de 2010 ont des bottes dans lesquelles ils semblent de plus en plus gênés aux entournures.

 

Ce sont en effet deux « tabous » de la politique présidentielle - la retraite à 67 ans et le bouclier fiscal - qui sont en passe d'être ébréchés, alors qu'une amorce de mobilisation lycéenne vient s'ajouter à la menace d'une paralysie des transports dans le pays.

Le souci majeur de Nicolas Sarkozy était d'éviter que le mouvement de protestation contre la réforme des retraites, qu'il savait inévitable au plan syndical, ne s'étende à la jeunesse scolarisée, dont les débordements sont toujours imprévisibles. Une concession fiscale importante avait été ainsi accordée aux étudiants dans la préparation de la loi de Finances 2011 mais, contre toute attente, c'est du côté des lycéens - les plus éloignés pourtant du marché du travail - que surgissent depuis hier des rassemblements, ici ou là. Ils répondent plus à l'effet d'entraînement des « réseaux sociaux » sur internet qu'à des mots d'ordre d'organisations identifiées. Encore qu'il est probable que l'impulsion de départ n'ait pas été tout à fait spontanée. Le résultat est quand même que les mobilisations locales se multiplient, même si elles demeurent éparses.

Certes, il faut toujours faire la part d'une griserie collective liée à un contexte social qui sent la poudre. Mais c'est un mauvais présage avant l'échéance qui approche de grèves reconductibles, dont le premier effet aura été l'apparition d'un amendement gouvernemental au Sénat, reportant de cinq ans l'application, aux parents ayant cessé de travailler pour élever leurs enfants, de la mesure fixant à 67 ans l'âge de départ à la retraite à taux plein. On est loin de la proposition de compromis de la CFDT, qui était de repousser cette mesure d'âge pour tout le monde. Mais c'est un symbole de la fermeté gouvernementale qui est atteint, alors pourquoi pas davantage, disent les syndicats, dès lors qu'un premier « pas en avant » a été fait ?

De même, voilà le bouclier fiscal, pilier tout aussi symbolique du sarkozysme, que conteste maintenant plus du quart des députés UMP. Cela n'a pas de rapport direct avec la loi sur les retraites et leur inspiration est plus libérale que sociale - ils réclament également la suppression de l'ISF -, mais c'est un signe supplémentaire que les « bottes » du pouvoir deviennent de plus en plus difficiles à chausser.