Ministères au régime : fonctionnaires inquiets

Publié le 04/07/2012
Après avoir annoncé une baisse des effectifs dans certains ministères au profit d'autres, le gouvernement, qui récuse toute « saignée », marche désormais sur des oeufs face à des syndicats remontés.
Ministères au régime : fonctionnaires inquiets
Ministères au régime : fonctionnaires inquiets
Après avoir annoncé une baisse des effectifs dans certains ministères au profit d'autres, le gouvernement, qui récuse toute « saignée », marche désormais sur des oeufs face à des syndicats remontés.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 30 Juin 2012 / IG /

 

 

Certaines centrales mettent en garde le gouvernement, prévenant de possibles « mouvements sociaux » à venir. Photo archives Anthony PICORÉ

Matignon a réaffirmé jeudi que les créations d'emplois publics seraient « réservées à l'enseignement, la police, la gendarmerie et la justice ». Le Premier ministre a fixé des objectifs chiffrés « de -2,5 % par an sur les autres secteurs » (Finances, Affaires sociales, Travail, etc.) afin de respecter l'objectif de stabilité globale. Les opérateurs de l'Etat (Météo-France, CNRS, Agence nationale de sécurité sanitaire...), devront également resserrer les boulons, à l'exception de Pôle Emploi qui sera « le seul explicitement exclu de cet effort d'effectif », selon le ministre du Travail Michel Sapin.

Avec ce projet, le gouvernement assure faire mieux que ses prédécesseurs, en prévoyant de maintenir les effectifs, là où le gouvernement Fillon avait supprimé plus de 150 000 emplois.

Ces réductions de postes découlaient de l'application de la règle du non-remplacement d'un départ sur deux parmi les quelque 2,4 millions d'agents de l'Etat (sur 5,3 millions de fonctionnaires) dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP).

« Le fait de maintenir le nombre de fonctionnaires alors qu'il diminuait très fortement dans les années précédentes, ce n'est pas une saignée », s'est défendu Sapin.

Pour lui, cet effet de vase communiquant en vue de créer 65 000 postes sur cinq ans dans les ministères prioritaires n'est pas une surprise « car c'est très exactement ce qui a été dit pendant la campagne ».

« Déshabiller Pierrepour habiller Paul »

Reste à convaincre les syndicats de fonctionnaires, pour lesquels l'emploi sera l'enjeu numéro un de la conférence sociale de juillet.

Or, a indiqué Christian Grolier (FO), la « décision dogmatique » du gouvernement est une « déception ». « On pensait a minima que la méthode changerait », a-t-il déclaré. Pour lui, « on a plutôt l'impression que la couleur de la RGPP a changé, passant de bleu à rose », en référence aux couleurs de l'UMP et du PS. Il s'agit en somme de « déshabiller Pierre pour habiller Paul, mais c'est impossible parce que les deux sont déjà en slip ! », dit-il, prévenant de possibles « mouvements sociaux » à venir.

Selon la CFDT, ces annonces « jettent le trouble sur la volonté de dialogue social affichée », tandis que pour Solidaires, elles confirment « qu'un virage à 360 degrés vient d'être effectué par le gouvernement ».

Gilles Carrez (UMP), à la tête de la commission des Finances de l'Assemblée, a dénoncé pour sa part « une sorte d'omerta » sur les réalités chiffrées derrière ces annonces.

Crédit affectif

Pour Bernard Vivier (Institut supérieur du Travail), le gouvernement bénéficie encore d'« un crédit affectif » auprès des agents. Mais dit-il, « la réalité, on ne peut pas lui faire faire des tours d'élastique trop nombreux ».

Toutefois, relève l'expert, même si les syndicats « ne peuvent avoir aujourd'hui qu'un discours d'horreur », ils semblent se faire à l'idée d'une « concertation sur la redéfinition des missions » publiques, un sujet que la ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, a promis d'aborder lors de la conférence sociale.