Nicolas Sarkozy usine les contours de son bilan

Publié le 20/04/2011
Visitant une fonderie dans les Ardennes, hier, le chef de l'État a réitéré sa volonté d'inciter les entreprises à associer leurs salariés à la reprise. Il plaide pour une prime mais reste flou sur les modalités d'application.
Nicolas Sarkozy usine les contours de son bilan
Nicolas Sarkozy usine les contours de son bilan
Visitant une fonderie dans les Ardennes, hier, le chef de l'État a réitéré sa volonté d'inciter les entreprises à associer leurs salariés à la reprise. Il plaide pour une prime mais reste flou sur les modalités d'application.

Le Républicain Lorrain, Mercredi le 20 Avril 2011 / IG /
 

Nicolas Sarkozy salue les employés de La Fonte Ardennaise, hier, à son arrivée à Vrigne-aux-Bois.

Photo REUTERS

Au charbon... dans une fonderie ! Avec près d'une demi-heure de retard, Nicolas Sarkozy pénètre dans les ateliers d'usinage de La Fonte Ardennaise à Vrigne-aux-Bois. Plus de quatre ans après y avoir rodé son slogan de campagne -- « travailler plus pour gagner plus » -- le chef de l'État revient en périphérie de Charleville prendre le pouls de ce « département industrieux » marqué par un chômage record. Bénéfice escompté à moins d'un an de la présidentielle : rendosser le rôle de président du pouvoir d'achat, dont la crise financière et économique l'a singulièrement éloigné. « Deux à trois fois par mois, je vais dans une usine. Ce n'est pas une lubie, mais parce que le jour où les usines s'en iront, il n'y aura plus rien. »

Les usines, non seulement Nicolas Sarkozy les aime, mais il les trouve belles, « magnifiques » même. Rompu à l'exercice, l'orateur déclare sa flamme à la petite centaine de salariés qui a répondu à l'invitation de l'Élysée. Un peu à l'écart, Nadine Gaudion, déléguée CFDT et le cégétiste David Eltrudis jugent l'auditoire clairsemé : « À peine une personne sur huit s'est déplacée, si l'on considère les 850 salariés des cinq sites que compte la fonderie dans un périmètre de 50 km ». Les syndicalistes, eux, sont venus dire au prestigieux visiteur leur angoisse d'un pouvoir d'achat qui régresse et d'une réforme des retraites accentuant la pénibilité du labeur. « Surtout, il faut redonner au mot travail la dignité d'un salaire décent », plaide la première en confessant, à 48 ans, un revenu de 1 250 EUR par mois, après 22 ans d'ancienneté.

« Le drame, c'est le chômage »

En matière de bilan, Nicolas Sarkozy ne lâche rien. Ses réformes, il les défend pied à pied : l'ISF ? « Je crois au capitalisme familial et combats le capitalisme financier. Il faut garder des gens comme la famille Grosdidier », argumente-t-il en saluant le patron et petit-fils du fondateur de la fonderie. La suppression de la TP ? « Je veux récompenser les gens qui gardent les usines en France, pas les pénaliser », tranche-t-il, en communiquant le gain annuel de 800 000 EUR réalisé depuis par le groupe industriel de Nicolas Grosdidier. La défiscalisation des heures sup ? « Comment donner du pouvoir d'achat, si lorsque le carnet de commandes se remplit, on n'accorde pas d'heures supplémentaires ? » s'interroge le président en chiffrant à 84 000 heures le volume ainsi distribué par la Fonte ardennaise. L'occasion d'étriller une nouvelle fois la réduction du temps de travail de Martine Aubry : « Le débat sur la quantité d'heures de travail est un faux débat. Le vrai débat doit porter sur la qualité du travail. Le drame, c'est le chômage, pas le travail ».

Passant sous silence la récente volte-face gouvernementale sur le bouclier fiscal, le chef de l'État préfère alimenter l'autre sujet d'agitation du moment : la prime qu'il veut imposer aux entreprises engrangeant des profits. « Quand il y a reprise, je trouve normal que les salariés et les ouvriers à qui on a demandé des efforts pendant la crise en bénéficient. C'est un principe sur lequel je ne céderai pas », entonne-t-il à l'intention d'un Medef franchement récalcitrant. Et de promettre un dispositif gouvernemental visant à contraindre les entreprises augmentant leurs dividendes à négocier une prime aux salariés. Reste à savoir si les modalités emporteront l'adhésion du patronat.