Notat : « Faire changer l'image de l'entreprise »

Publié le 11/11/2012
L'ex-patronne de la CFDT, aujourd'hui PDG, confie son amour de l'entreprise et son appui aux décisions de Jean-Marc Ayrault.
Notat : « Faire changer l'image de l'entreprise »
Notat : « Faire changer l'image de l'entreprise »
L'ex-patronne de la CFDT, aujourd'hui PDG, confie son amour de l'entreprise et son appui aux décisions de Jean-Marc Ayrault.

© Le Républicain Lorrain, Dimanche le 11 Novembre 2012 / IG
 
Nicole Notat a fondé en 2002 Vigeo, agence de notation « extra-financière », qui prend en compte des critères sociaux et environnementaux pour noter les entreprises. Photo Pascal BROCARD 

Comment avez-vous « appris à aimer l'entreprise », en étant syndicaliste ?

Nicole NOTAT : « Par la négociation. A travers cet exercice, que j'ai beaucoup aimé, j'ai appréhendé la réalité de l'entreprise : ses enjeux, ses contradictions, ses jeux de rôle... Je venais de l'Education nationale, et j'ai perçu l'intérêt de l'entreprise, économique, mais aussi social : c'est de la bonne santé économique de l'entreprise que dépend l'emploi. »

Mais aujourd'hui, on entend un ministre de l'Economie de gauche, Pierre Moscovici, dire « des mots d'amour » aux chefs d'entreprise...

« Je ne sais pas si ce sont des mots d'amour qu'ils attendent (rires) ! En France, l'entreprise n'a pas bonne presse, selon l'idée très répandue, et pas seulement à gauche, que l'intérêt de l'entreprise ne contribue pas à l'intérêt général. Quand j'ai créé Vigeo, j'avais en arrière-pensée cette idée qu'une agence de notation sur les sujets de responsabilité sociale et sociétale de l'entreprise pourrait aider à faire bouger son image surannée. »

Tout de même, ces « mots d'amour » de Moscovici...

« C'est bien la preuve que cette période est derrière nous et que le gouvernement a compris qu'il faut renouer le fil de la confiance avec les entreprises. Et les décisions prises par le Premier ministre après le rapport Gallois devraient faire taire toutes les critiques en hésitation et en incompétence. »

Son ambition sur les négociations sociales paraît très élevée. Trop élevée ?

« C'est justement un beau défi pour les partenaires sociaux. C'est dans la tempête qu'on juge les gens : Jean-Marc Ayrault s'est montré en capitaine déterminé, les partenaires sociaux doivent maintenant montrer qu'ils ont eux aussi pris la mesure des mutations économiques et sociales à accomplir, et qu'ils sont prêts à y contribuer. »

S'il faut noter les entreprises sur leur responsabilité, c'est qu'elles ne le sont pas spontanément ?

« L'entreprise doit savoir à quoi elle sert. Elle sert à produire des biens et services, à satisfaire des clients, à faire des bénéfices, donc des profits... Mais à quel niveau et pour qui ? Ces dernières années, on a vu trop d'excès dans le rendement exigé des entreprises, avec un court-termisme calé sur le cours de bourse... J'entends beaucoup de chefs d'entreprise dire qu'on est allé trop loin dans la prise en compte des intérêts des actionnaires, qu'il faut replacer le curseur au bon endroit : une entreprise ne peut pas être durablement performante si son capital humain n'est pas aussi entretenu, si le dialogue social n'est pas de qualité, si elle brutalise ses fournisseurs et sous-traitants, si elle néglige les enjeux de l'environnement. »

Comme vous l'affirmiez à votre départ du secrétariat général de la CFDT, en 2001, vous n'êtes pas entrée en politique. Vous le regrettez ?

« Non, et ce n'est pas de la coquetterie. C'est juste que je me sens plus à l'aise dans la course d'endurance que dans le sprint. »

Recueillipar Francis BROCHET.