Parisot : gare au coup de rabot

Publié le 03/09/2010 (mis à jour le 04/09/2010)
La présidente du Medef décèle « des signaux positifs » de reprise. Elle met toutefois en garde le gouvernement contre une réforme des niches fiscales qui pénaliserait les entreprises.
Parisot : gare au coup de rabot
Parisot : gare au coup de rabot
La présidente du Medef décèle « des signaux positifs » de reprise. Elle met toutefois en garde le gouvernement contre une réforme des niches fiscales qui pénaliserait les entreprises.

Le Républicain Lorrain, Vendredi le 03 Septembre 2010 / IG
 

 

Laurence Parisot : « Il y a un moment où il faut arrêter de caricaturer les choses et de chercher des boucs émissaires. » Photo AFP

Le taux du chômage reste à un niveau record, alors que les profits des entreprises du Cac 40 ont pratiquement doublé au premier semestre. Où en êtes-vous dans votre charte éthique sur la rémunération des grands patrons ?
De notre envoyé spécial à Jouy-en-Josas

Laurence PARISOT :

« Sur ce dernier point, nous allons publier, d'ici la mi-octobre, le deuxième rapport d'évaluation sur l'application de nos recommandations en matière de rémunération des grands patrons. Quant aux bénéfices engrangés par les sociétés cotées au Cac 40, c'est une très bonne chose. Ces profits sont à plus de 60 % le fruit de ventes qui se font hors de France. L'enjeu c'est de savoir comment maintenir et développer ces ventes afin qu'elles apportent leur contribution à notre économie. Mais je rappelle que le désendettement de l'Etat constitue l'une des clés du dynamisme et de la confiance. N'oublions pas que la dette de notre pays est détenue aux 2/3 par des porte-feuilles étrangers. »

Êtes-vous inquiète pour l'avenir proche des PME/TPE ? Quel message délivrez-vous aux petits patrons ?

« Je suis moi-même patronne d'une PME et je ressens ce fort degré d'incertitude autour de la reprise. J'invite les chefs d'entreprise à penser à l'international : allez chercher des m - commercez via l'internet ! La fragilité de la situation m'incite à dire très clairement au gouvernement qu'il n'est pas question, au détour du coup de rabot sur les niches fiscales, d'augmenter les prélèvements sur les entreprises, ni sur les ménages. »

Ici, sur le campus de Jouy-en-Josas, on entend encore des patrons accuser les banquiers de ne pas desserrer le robinet du crédit...

« La situation était très difficile au 1er trimestre 2009, mais depuis ça a beaucoup changé. Grâce à la mobilisation des Medef territoriaux qui ont effectué un formidable travail de médiation entre la banque et l'entreprise. On peut toujours trouver un banquier qui ne joue pas le jeu, mais il y a un moment où il faut arrêter de caricaturer les choses et de chercher des boucs émissaires. »

Décelez-vous des signes tangibles de sortie de crise ?

« On perçoit des signaux globaux plutôt rassurants même si les carnets de commandes n'ont pas retrouvé leur niveau d'avant la crise. Il y a une certitude : les pays émergents en pleine croissance nous demandent des produits et des services et il faut savoir leur répondre. Mais il y a aussi une grande incertitude : elle tient à la trajectoire des USA qui sont en train de changer de modèle économique. Les ménages se désendettent en entraînant une baisse de la consommation. Ce qui affaiblit du même coup le moteur mondial qui a tiré pendant 50 ans la croissance de la planète. »

Sur la réforme des retraites, vous rejetez la proposition de François Chérèque de maintenir le plafond de départ à taux plein à 65 ans, au lieu d'un glissement à 67 ans envisagé par le gouvernement.

« Nous ne sommes pas en négociations avec la CFDT. Il s'agit d'un projet de loi qui arrive en débat au Parlement la semaine prochaine. Je demande seulement quel sera l'impact d'une telle proposition. Faisons des simulations pour savoir si l'on pourra verser les retraites en 2015, 2020 et 2025. Je ne suis pas certaine que nous disposerons alors des réserves financières suffisantes pour maintenir les niveaux actuels de retraites. »

Propos recueillis par Xavier BROUET.