Pénibilité : la relance des syndicats

Publié le 28/04/2011
Une journée de mobilisation a lieu aujourd'hui pour dénoncer les dispositions « restrictives » de la réforme des retraites en matière de pénibilité.
Pénibilité : la relance des syndicats
Pénibilité : la relance des syndicats
Une journée de mobilisation a lieu aujourd'hui pour dénoncer les dispositions « restrictives » de la réforme des retraites en matière de pénibilité.

Le Républicain Lorrain, Jeudi le 28 Avril 2011 / IG
 

 

Les syndicats exigent une « vraie reconnaissance » de la pénibilité au travail, qui ne se limite pas aux situations invalidantes. Photo Julio PELAEZ

Les salariés de certains secteurs (transport routier, chimie...) bénéficient d'une reconnaissance de la pénibilité de leur métier d'une manière bien plus large que ne le permet la réforme des retraites de 2010, grâce à des accords prévoyant des départs anticipés systématiques. Face à ce constat, cinq syndicats -- CFDT, CGT, FSU, Unsa et Solidaires -- appellent aujourd'hui à la mobilisation pour obtenir la réouverture du dossier au niveau des branches et des entreprises.

« Sur la pénibilité, le travail est inachevé », estime Paul-Henri Antonmattei, avocat et professeur de droit du travail, en regrettant que la réforme entretienne « une certaine confusion entre pénibilité et invalidité partielle ». La loi de novembre 2010 a acté la prise en compte de la pénibilité au cas par cas et prévoit des départs en retraite maintenus à 60 ans pour les personnes justifiant d'une incapacité permanente de 20 % (10 % lorsque le salarié a été exposé à un facteur de risque pendant au minimum 17 ans). Pour les syndicats, ce dispositif est loin de rendre justice à des salariés usés prématurément par leur travail et dont l'espérance de vie est réduite de plusieurs années. Or via des négociations de branches et d'entreprises, des dispositifs ont vu le jour, alors que la négociation interprofessionnelle prévue sur le sujet par la réforme Fillon de 2003 a échoué après trois ans de discussions (2005-2008).

Industrie en pointe

Chez le chimiste Rhodia par exemple, un accord prévoit des mesures pour réduire la pénibilité liée au travail de nuit en continu et un possible départ anticipé pour ceux ayant occupé ce type de poste pendant 22 ans et plus et ayant au moins 58 ans. Le départ en retraite peut être anticipé de 6 à 24 mois, période pendant laquelle le salarié perçoit 75 % de sa rémunération annuelle brute. Son concurrent Arkema a signé en 2010 un accord très semblable. Thalès, EADS, Renault ou la Snecma prévoient aussi des départs anticipés pour des métiers postés, mais le problème reste entier chez leurs sous-traitants. Les salariés de la manutention portuaire ont arraché cet hiver, à l'issue de plusieurs conflits, deux accords permettant à certains ouvriers de partir jusqu'à trois ans avant l'âge légal. Chez les routiers, un dispositif remonte au gros conflit de 1996 : les chauffeurs (marchandises) peuvent opter pour un départ à 55 ans à partir de 20 années de conduite. Jusqu'à 60 ans, ils touchent 75 % de leur salaire brut, grâce à un cofinancement Etat-employeurs. Le gouvernement veut d'ailleurs modifier ces dispositions, ce qui fait bondir les fédérations FO et CGT transports.

D'une manière générale, faute d'accord de branche, la pénibilité doit être une préoccupation des entreprises, la loi de 2010 prévoyant l'obligation pour certaines d'entre elles d'avoir un plan d'action ou un accord sur le sujet d'ici la fin de l'année.