Préretraites : le paradoxe Renault

Publié le 25/11/2010
Automobile : détenu à 15 % par l'État, le constructeur va proposer à 3.000 salariés de partir à... 58 ans
Préretraites : le paradoxe Renault
Préretraites : le paradoxe Renault
Automobile : détenu à 15 % par l'État, le constructeur va proposer à 3.000 salariés de partir à... 58 ans

L'Est Républicain, Jeudi le 25 Novembre 2010 / France-Monde

 

À Batilly, la production de Master reste soutenue.

Photo Alexandre MARCHI

VOILÀ QUELQUES semaines, certains d'entre eux ont manifesté pour un départ à 60 ans. Bingo : un départ à 58 ans ! Pour près de 3.000 salariés de Renault, l'annonce a pris les allures d'un inattendu cadeau de Noël, juste après la promulgation de la loi sur les retraites. Paradoxe de la situation : le constructeur au losange, toujours détenu à 15 % par un capital d'État, propose un vaste plan de départ en préretraites qui contraste avec le discours gouvernemental. La direction a proposé aux syndicats un plan de cessation d'activité à partir de 58 ans. Il ne concerne que le personnel hors cadres et sera financé à 100 % par l'entreprise, et visera les salariés nés avant le 1er juillet 1955 sous certaines conditions de pénibilité non cumulatives (quinze ans en travail posté, invalidité égale ou supérieure à 10 %...)

Signal «contradictoire »

Les syndicats sont surpris par le geste en décalage des bonnes intentions du gouvernement de «garder les seniors au travail » tant et tant répétées ces derniers mois, glisse la CFDT.

La CGT y lit un «outil de dégraissage des effectifs» faute d'un plan d'embauche. FO parle d'une «manière de régler la pénibilité du travail ». La CFE-CGC est plus nuancée, «satisfaite de la mise en oeuvre » tout en regrettant « que les cadres ne puissent bénéficier de ce dispositif » rappelle Pascal Beck, vice-président métallurgie en Lorraine. « La mesure, qui se destine principalement aux sites en sous-production (Mégane, Espace) et ne devrait pas concerner Batilly (l'usine de Meurthe-et-Moselle et ses 2400 salariés), où l'activité est soutenue avec le Master » précise le syndicaliste.

Signe du flou du message délivré vers l'extérieur, Laurence Parisot a jugé « étonnante » la proposition d'accord de Renault, intervenue quelques semaines après la réforme relevant l'âge de la retraite. Un signal « contradictoire » pour une entreprise dont un des actionnaires est l'État, constate la présidente du Medef.

Antoine PETRY