Prime aux salariés : confusion autour des 1 000 EUR

Publié le 19/04/2011
Le projet gouvernemental d'une prime pour les salariés des entreprises distribuant des dividendes fait son chemin dans la confusion, la ministre de l'Economie s'efforçant de rassurer le patronat hostile à tout dispositif obligatoire.
Prime aux salariés : confusion autour des 1 000 EUR
Prime aux salariés : confusion autour des 1 000 EUR
Le projet gouvernemental d'une prime pour les salariés des entreprises distribuant des dividendes fait son chemin dans la confusion, la ministre de l'Economie s'efforçant de rassurer le patronat hostile à tout dispositif obligatoire.

Le Républicain Lorrain, Mardi le 19 Avril 2011 / IG
 

 

« Ce que vient de dire Christine Lagarde me semble tout à fait rassurant », a déclaré hier la patronne du Medef,Laurence Parisot (à gauche). Photo REUTERS

La ministre de l'Economie Christine Lagarde a quelque peu restreint hier les modalités de la prime envisagée par le gouvernement pour les salariés des entreprises versant des dividendes à leurs actionnaires. Initialement évoqué, le montant de 1 000 euros n'aura finalement pas un « caractère obligatoire », selon elle. « Le projet n'est pas définitivement arrêté », a souligné Lagarde sur LCI, tout en confirmant l'intention du gouvernement d'introduire cette mesure « dans le projet de loi de finances rectificative de juin, pour que ce soit applicable dans les meilleurs délais ».

Le gouvernement réfléchit à « un mécanisme d'exonération de charges sociales pour que les entreprises puissent payer des primes exceptionnelles à leur salariés, à titre négocié bien sûr », a-t-elle précisé. « C'est très important de mon point de vue que les montants, les modalités soient négociés entre d'une part les patrons et d'autre part les salariés. Donc, je ne pense pas qu'on puisse lui donner un caractère obligatoire dans son montant », a-t-elle estimé.

« On ne peut envisager une exonération de charges sociales que jusqu'à concurrence d'un certain montant. Pour moi, 1 000 (euros) c'est un plafond », a-t-elle ajouté. La ministre a rejeté l'idée d'une exemption pour les très petites entreprises (TPE).

Dimanche, le ministre du Travail Xavier Bertrand a donné sa vision de la réforme devant le « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI ». Les entreprises qui ont « des bénéfices » et dont les dividendes versés aux actionnaires « progressent » devront accorder une « prime pour les salariés », a-t-il expliqué, souhaitant lui aussi une loi « avant l'été ». « Je propose que ce principe d'une prime soit obligatoire et que les modalités précises soient discutées dans l'entreprise », a détaillé Bertrand, évoquant « des exonérations fiscales pour l'entreprise et de charges sociales pour les salariés, à hauteur de 1 000 euros ». Selon lui, « les arbitrages vont avoir lieu dans les jours qui viennent ».

Ces déclarations viennent modérer l'annonce du ministre du Budget François Baroin, qui avait promis le 13 avril « un dispositif simple sous forme de prime exceptionnelle » dont le montant serait « d'au moins 1 000 euros ».

« Beaucoup de déçus »

Hier, le secrétaire général de la CFDT François Chérèque a critiqué la mesure envisagée. « L'idée de redistribuer une partie des bénéfices des entreprises aux salariés est une bonne idée », a-t-il jugé. « Par contre, l'annonce du gouvernement va faire beaucoup de déçus. Il y aura très peu d'élus », a-t-il regretté. « Cela concernera les grandes entreprises du CAC 40 » mais écartera « les entreprises qui ne reversent pas de bénéfices ou dont les bénéfices sont en baisse, toutes les entreprises qui ne sont pas cotées en bourse, toutes les petites entreprises, tous les sous-traitants de ces grandes entreprises qui font des bénéfices [...] tous les salariés du monde associatif, tous les fonctionnaires », a-t-il déploré.

« L'affaire sent l'arnaque à plein nez », estime le Parti communiste français. « Le dispositif s'annonce déjà comme un tour de passe-passe des plus minables qui soit », dénonce le PCF, estimant que « le patronat payera ses salariés avec l'argent de l'Etat ».

La présidente du Medef, Laurence Parisot, s'est au contraire félicitée hier des propos de Christine Lagarde. « Ce que vient de dire Christine Lagarde me semble tout à fait rassurant. Reste à voir le mécanisme qui pourrait être envisagé par le gouvernement dans cette idée de lien avec la distribution de dividendes », a estimé la patronne des patrons.

Le patronat des PME propose de « mettre fin au débat » avec « une mesure simple et lisible, déjà utilisée il y a peu : les entreprises qui choisissent de distribuer une prime sont exonérées de charges sociales dans la limite de 1 000 euros ». Ainsi, « tous les salariés seraient potentiellement concernés qu'ils travaillent dans une entreprise du CAC 40 ou dans une TPE ».