Quel avenir pour le syndicalisme ?

Publié le 13/08/2010 (mis à jour le 17/08/2010)
Un syndicalisme « de services », moins axé sur la revendication, pourrait-il enrayer la baisse des adhésions en France ? Plusieurs experts du monde du travail doutent de l'efficacité de ce modèle, prôné par le Centre d'analyse stratégique (CAS).
Quel avenir pour le syndicalisme ?
Quel avenir pour le syndicalisme ?
Un syndicalisme « de services », moins axé sur la revendication, pourrait-il enrayer la baisse des adhésions en France ? Plusieurs experts du monde du travail doutent de l'efficacité de ce modèle, prôné par le Centre d'analyse stratégique (CAS).

Vosges Matin, Vendredi le 13 Aout 2010 / Région Vosges 

 

Dominique Andolfatto est professeur de science politique à l'université de Nancy II (Photo d'archives)

Le CAS, ex-commissariat au plan, qui dépend du Premier ministre, encourage dans une note publiée hier, la création d'un syndicalisme mêlant services et négociations, qui « servirait sans doute une resyndicalisation ». « Aucun indicateur ne le démontre. Les dernières données ne permettent aucunement d'affirmer qu'il y aurait resyndicalisation », explique Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l'université de Nancy 2. « Au mieux, on peut parler de stabilisation du taux de syndicalisation autour de 7 % du salariat », ajoute le spécialiste du syndicalisme. Ce taux est de 7,7 % selon l'OCDE (2008), plaçant la France au dernier rang européen, loin derrière la Suède (68,3 %) ou l'Allemagne (19,1 %).

En Europe, certains syndicats offrent des services financiers (assurances, soins, réductions), des aides juridiques (testament, déclaration fiscale, etc.) ou participent à la sécurisation du parcours professionnel (formations, ateliers CV, etc.).

Ainsi, en Belgique, où l'assurance chômage est gérée par les syndicats et conditionnée à une adhésion, le taux de syndicalisation est de 52 %. « Les Français attendent des syndicats qu'ils règlent les questions de salaires, du stress, etc. Les services seraient une fuite en avant : on n'arrive pas à s'attaquer aux vrais problèmes alors on proposerait des services », analyse Pierre Héritier, fondateur du laboratoire d'idées Lasaire, proche de la CFDT. « Ce n'est pas leur métier, cela demande d'autres compétences », estime-t-il, prenant pour exemple la gestion « pas toujours brillante » de certains comités d'entreprise.

Pas de service « consumériste »

« Si c'est pour offrir des places de cinéma, je ne vois pas en quoi la CGT est performante ou légitime pour proposer ce genre de service », considère Jean-Eudes Du Mesnil, secrétaire général du syndicat patronal, CGPME. « Ce n'est pas notre tasse de thé », confirme Philippe Lattaud, du bureau confédéral de la CGT.

« Si le service c'est trouver une aide individualisée dans le cadre d'une lutte collective, alors oui », poursuit-il, évoquant une aide juridique (déjà en place) au salarié ou dans le cadre des associations de consommateurs.

A la CFDT, la réflexion a été relancée lors du dernier congrès. « Nous excluons le service consumériste. Nous réfléchissons à des services de sécurisation des parcours professionnels. C'est lié à l'entreprise, à notre coeur de métier », déclare Patrick Pierron, secrétaire national.

« On n'est plus au temps de Zola », juge M. Du Mesnil, qui propose de « fusionner », dans les PME, les instances de représentation (délégués, comité d'hygiène, comité d'entreprise) pour donner « davantage de lisibilité aux élus » et ainsi, selon la CGPME, faire remonter la syndicalisation.

Pour M. Andolfatto, depuis la loi du 20 août 2008, qui élimine des négociations d'entreprise toute organisation n'ayant pas obtenu un minimum de 10 % aux élections, les syndicats cherchent « à composer des équipes dynamiques de professionnels de représentation » pour remporter ces élections. « Leur cible sont donc les électeurs et non les adhérents », conclut-il.