Quelle suite pour le mouvement ?

Publié le 20/10/2010
La situation sociale s'est envenimée hier avec la multiplication de blocages de centres nerveux de l'économie et la poursuite de l'agitation lycéenne, sur fond de nouvelles manifestations massives.
Quelle suite pour le mouvement ?
Quelle suite pour le mouvement ?
La situation sociale s'est envenimée hier avec la multiplication de blocages de centres nerveux de l'économie et la poursuite de l'agitation lycéenne, sur fond de nouvelles manifestations massives.

Vosges Matin, Mercredi le 20 Octobre 2010 / France

A Nancy, la mobilisation a encore été très forte hier, même si elle l'a été moins dans d'autres villes du grand Est. (Photo Michel FRITSCH)

 Pour la troisième fois en huit jours et la sixième depuis la rentrée, plus d'un million de salariés et de jeunes ont défilé dans 277 villes -- un nombre record, selon la CGT -- à une semaine de l'adoption définitive du texte sur la réforme des retraites par le parlement. Selon la CGT, ils étaient 3,5 millions, autant que lors du « pic » du 12 octobre, soit « un niveau exceptionnel » selon son leader Bernard Thibault. Mais ils étaient 1,1 million, selon le ministère de l'Intérieur (1,23 le 12).

Le Premier ministre François Fillon en a conclu que le mouvement « plafonne, commence à s'essouffler » et, en même temps, « se radicalise ». Bernard Thibault, lui, a appelé une énième fois le gouvernement à « entendre l'ampleur de cette protestation » et à ouvrir « des négociations ».

Face à l'escalade, le président Nicolas Sarkozy a tenu une réunion pour organiser le déblocage des raffineries occupées par les salariés en grève et « garantir l'ordre public », tout en appelant chacun à la « responsabilité » devant les débordements. Selon François Fillon, un « tiers des départements » sont touchés par des difficultés d'approvisionnement. Un station-service sur trois serait à sec. Le gouvernement va donc préparer « un plan d'acheminement des carburants », a-t-il dit pour un retour à la normale d'ici « 4 à 5 jours ».

Les entreprises commencent à tourner au ralenti car le personnel peine à se rendre au travail, surtout en zone rurale, selon la CGPME. En outre, une série d'actions coup de poing ont provoqué le blocage momentané de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac durant deux heures, d'une importante plate-forme logistique près de Lille, d'une usine de transformation d'amidon dans le Pas-de-Calais, entre autres.

A Vesoul (Haute-Saône), environ 400 personnes ont bloqué pendant deux heures la totalité des axes d'entrée et de sortie de la ville. A Brest, des manifestants ont occupé les voies ferrées. Chez les jeunes, très visibles dans les cortèges (un millier à Agen, selon la police, par exemple), la mobilisation va crescendo : 379 lycées étaient perturbés, tandis que la grève était votée dans plus d'une dizaine d'universités.

A la SNCF, la grève a été plus suivie que la veille (de 30,4 % à 42,68 % selon les sources). Mais moins que le 12 octobre, tout comme dans la Fonction et les entreprises publiques (15,3 % à EDF). Dans plusieurs grandes villes, les manifestations ont atteint des records, selon la police : 26 000 à Rennes (50 000 selon la CFDT), 35 000 à Toulouse (155 000), 15 000 à Grenoble (80 000).

A Paris, les manifestants étaient aussi nombreux que le 12 selon la CGT (330 000 personnes), 22 000 de moins selon la police (67 000). L'humour était au rendez-vous. « Les vieux au boulot et les jeunes au bistrot, NON. Les jeunes au turbin, les vieux au jardin, OUI », lisait-on sur la pancarte de jeunes à Auch. Les syndicats, qui se réunissent demain, sont confrontés maintenant à un casse-tête, avec le vote imminent du Sénat combiné aux vacances de la Toussaint dès vendredi. Il faut trouver « une autre réponse », a estimé le numéro un de la CFDT François Chérèque.