Rentrée bousculée dans les classes de seconde

Publié le 24/08/2010
Les élèves de seconde essuieront les plâtres de la réforme du lycée. Et pour eux, la rentrée s'annonce chaude : manuels pas encore disponibles, impatience des enseignants, repères brouillés.
Rentrée bousculée dans les classes de seconde
Rentrée bousculée dans les classes de seconde
Les élèves de seconde essuieront les plâtres de la réforme du lycée. Et pour eux, la rentrée s'annonce chaude : manuels pas encore disponibles, impatience des enseignants, repères brouillés.

Le Républicain Lorrain, Mardi le 24 Aout 2010 / Région
 

 

Les élèves qui entrent en classe de seconde vont essuyer les plâtres de la réforme Chatel. Photo RL

Le lycée change. Mais parmi les quelque 83 000 élèves des lycées lorrains, seuls ceux des classes de seconde le découvriront à partir du 2 septembre prochain.
LE FAIT DU JOUR

Un apprentissage douloureux ? Voire. Il débutera quoi qu'il en soit dans une certaine confusion si on en croit Claire Mazeron, agrégée de géographie, vice-présidente du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc) et récent auteur d'une très remarquée Autopsie du Mammouth (Jean-Claude Gawsewitch éditeur). « C'est l'aboutissement d'un long processus et on a pourtant le sentiment d'une grande précipitation ! Les manuels ne sont pas prêts, les parents et les élèves ont dû faire des choix d'enseignements d'exploration en toute méconnaissance de cause, le tout dans un contexte de 'toujours moins': moins de postes, moins d'options, moins de visibilité avec des modalités d'organisation que même les enseignants, concernant l'accompagnement personnalisé par exemple, ignorent. »

Saupoudrage pédagogique

Le Snalc n'est pourtant pas complètement hostile aux principes de cette réforme tels que Luc Chatel, le ministre de l'Éducation nationale, les a présentés dans un courrier adressé aux parents des élèves de troisième l'hiver dernier : élévation du niveau de formation, progressivité de l'orientation des élèves, meilleure adéquation avec les logiques de l'enseignement supérieur pour une adaptation post-bac facilitée. Cependant, le syndicat déplore aujourd'hui une méthode inefficace et dénonce la chronique d'un échec annoncé.

Claire Mazeron souligne par exemple un saupoudrage pédagogique contre-performant : « Quand on voit ce qui a remplacé les enseignements de détermination ou la portion congrue à laquelle les matières technologiques sont réduites, on est interpellé. En voulant faire un peu de tout, on ne fait finalement rien ! » La réforme née après le rapport Descoings fait d'ailleurs grincer beaucoup de dents, le premier syndicat enseignant du secondaire, le Snes-FSU, dénonçant une certaine improvisation, « le coût que l'achat des manuels va imposer aux familles » et « une consultation sur les nouveaux programmes réalisée à marche forcée » (lire ci-contre).

Discours plus mesuré chez Thierry Cadart, secrétaire général du Sgen-CFDT. Celui-ci rappelle son soutien « aux principes de la réforme dans sa structuration générale et du fait de l'accompagnement qu'elle propose et qu'attendent les familles ». Mais il déplore les difficultés actuelles. Des difficultés survenant dans un contexte d'austérité budgétaire qui « favorise les amalgames et va inciter les personnels à transférer leurs récriminations ».

Conséquences

Olivier Pallez, responsable académique du syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale (SNPDEN) et proviseur du lycée Gustave-Eiffel de Talange, affirme quant à lui que « cette réforme va dans le bons sens » mais s'inquiète que « personne ne semble s'être penché encore sur ses conséquences pratiques ! » Et de s'étonner : « Il n'y a aucune circulaire... Tout le monde avance à tâtons - élèves, enseignants, parents - ne sachant plus réellement quelle est la règle du jeu. Parmi les effets induits, une sorte de repli est à craindre : enseignement général, établissements jouissant de réputations flatteuses, etc. Les valeurs sûres. Avec un impact, sur les filières technologiques par exemple, qu'on a peine à mesurer aujourd'hui. »

Hervé BOGGIO.