Retraite à 62 ans : « injuste » ou « raisonnable » ?

Publié le 17/06/2010
D'innombrables réactions ont accueilli le projet détaillé du gouvernement sur les retraites. Sans surprise, la majorité et le patronat applaudissent alors que les syndicats et la gauche fustigent « l'injustice » de la réforme.
Retraite à 62 ans : « injuste » ou « raisonnable » ?
Retraite à 62 ans : « injuste » ou « raisonnable » ?
D'innombrables réactions ont accueilli le projet détaillé du gouvernement sur les retraites. Sans surprise, la majorité et le patronat applaudissent alors que les syndicats et la gauche fustigent « l'injustice » de la réforme.

Le Républicain Lorrain, Jeudi le 17 Juin 2010 / IG /

 

Le gouvernement a, comme prévu, opté hier pour un recul de l'âge légal de retraite de 60 à 62 ans, revenant sur une conquête sociale de l'époque Mitterrand, afin de ramener à l'équilibre en 2018 un système promis à de lourds déficits. Une position présentée comme « à la fois raisonnable et efficace » par le ministre du Travail Eric Woerth.

LE FAIT DU JOUR

Premiers concernés puisque l'avant-projet de loi s'applique aux salariés, les syndicats, qui doivent se réunir aujourd'hui pour poser un diagnostic commun des propositions gouvernementales, se sont dits furieux et insistent - sauf FO qui ne devrait pas y participer - sur l'importance de la journée de grèves et de manifestations du 24 juin. Eric Aubin, responsable des retraites à la CGT, a demandé au gouvernement de « réécrire » son projet de réforme « en prenant en compte ce que disent les organisations syndicales ». La CGT vilipende « une réforme brutale » avec « des conditions d'acquisition des droits à la retraite les plus drastiques en Europe ». François Chérèque (CFDT) parle d'« une réforme injuste et à court terme, quasiment une provocation », affirmant que « 85 % de l'effort est supporté par les seuls salariés ». Selon la CFDT, « les jeunes générations feront les frais » d'une prochaine réforme, jugée « inévitable ».

Pour Jean-Claude Mailly (FO), « on est dans le 'travailler plus pour gagner moins' ». Comme Solidaires (syndicats Sud et autres), il demande « le retrait » de la copie gouvernementale. Le patron de FO a fait un appel du pied à ses homologues. « Si d'autres organisations syndicales sont sur la même position - on ne va pas chipoter sur tel ou tel point -, l'unité d'action est possible. » Comme ses collègues, le président de la CFTC Jacques Voisin s'est insurgé du fait que la demande de prise en compte de la pénibilité de certains métiers « se solde par une fin de non-recevoir ».

« Grand pas en avant »

Présidente de la Caisse nationale de l'assurance vieillesse (Cnav), Danièle Karniewicz (CFE-CGC) estime qu'« il manque » 16 milliards d'euros dans le projet gouvernemental pour assurer l'équilibre. Un argument abondamment utilisé, notamment au PS. Tonalité tout autre au Medef. L'organisation patronale voit « un grand pas en avant » dans le recul de l'âge légal, mais critique « l'augmentation des taxes sur l'épargne », jugée néfaste au financement des entreprises. La CGPME juge la réforme « assez équilibrée ».

A l'Assemblée nationale, le climat a été houleux lors de la présentation de la réforme en commission par Eric Woerth, auquel le chef de file des députés PS Jean-Marc Ayrault a demandé « un peu de respect et d'écoute ». Si le Nouveau centre (NC) a regretté l'absence de « réformes systémiques », l'aile dite « sociale » de la majorité a approuvé chaudement. « L'ouvrier qui a commencé à travailler à 17 ans peut être confiant et sécurisé », a déclaré le député UMP Pierre Méhaignerie. Pour Alain Juppé, la réforme est « très ambitieuse, très complète et surtout juste ». En revanche, le président du Modem, François Bayrou a jugé le projet « pas équitable ».

A gauche, c'est un tollé. Martine Aubry, première secrétaire du PS, a stigmatisé « une réforme irresponsable ». Selon elle, « le report de l'âge de départ à 62 ans est une mesure idéologique qui ne règle pas les problèmes du financement des retraites ». Ségolène Royal a dénoncé « un triple reniement » de Nicolas Sarkozy, « le plus grave » consistant à renier « la promesse » de 2007 de ne pas toucher à la retraite à 60 ans. Critiques virulentes également chez les Verts (« une iniquité révoltante ») et les autres formations de gauche. Mais « la bataille n'est pas terminée », espère le PCF. Marine Le Pen (FN) a dénoncé une réforme « en réalité écrite par le Medef, la Commission européenne et les agences de notation ».