Retraite : terrain miné

Publié le 12/04/2010
La réforme des retraites ? Indispensable. Tous en conviennent depuis des années à cause de l'allongement progressif de la durée de la vie qui génère des retraités de plus en plus nombreux, que le système actuel ne peut payer qu'au prix de déficits abyssaux.
Retraite : terrain miné
Retraite : terrain miné
La réforme des retraites ? Indispensable. Tous en conviennent depuis des années à cause de l'allongement progressif de la durée de la vie qui génère des retraités de plus en plus nombreux, que le système actuel ne peut payer qu'au prix de déficits abyssaux.

Le Républicain Lorrain, Lundi le 12 Avril 2010 / IG /
 

 

Le Conseil d'orientation des retraites (COR) doit rendre mercredi son rapport sur les prévisions financières des régimes des retraites à l'horizon 2050. Mais Laurence Parisot, la présidente du Medef, a laissé entendre hier que la publication des scénarios de réforme pourrait être repoussée au mois de mai. Pourquoi ce report alors qu'il est un secret de polichinelle que, si rien n'est fait, le déficit de l'ensemble des régimes atteindrait la bagatelle de 100 milliards d'euros à l'horizon 2050 ? Tout simplement parce qu'au moment où commencent aujourd'hui les concertations entre le ministre du Travail Eric Woerth et les partenaires sociaux sur la réforme devant être finalisée en septembre, ces prospectives risqueraient de plomber une atmosphère déjà très lourde.

Légitime plus que toute autre, la réforme des retraites souffre d'un environnement politique pollué à la fois par les effets de la crise financière et d'une gouvernance élyséenne à la godille. Les derniers errements sur le « complot » dont aurait été victime le couple Sarkozy-Bruni ne sont qu'un épisode mineur dans la défiance générale dont souffre l'exécutif. Il suffit d'entendre le président de l'Assemblée nationale vitupérer les initiatives du chef du groupe UMP Jean-François Copé ou les anciens Premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, remontés comme des pendules face à l'inflation de réformes, pour comprendre que la maison majoritaire est proche d'être classée en zone noire.

Pilote d'une réforme des retraites inaboutie en 2004, François Fillon sait mieux que quiconque que celle qui s'annonce s'engendrera dans la douleur, sur un terrain miné. Inefficaces dans la bataille du pouvoir d'achat, les syndicats préparent leur revanche. Tous, y compris la CFDT qui a payé au prix fort (des milliers de démissions) son quitus donné à la réforme de 2004. Cette fois, François Fillon ne sera pas officiellement en première ligne. Mais comme Nicolas Sarkozy aurait déjà prédit à ses collaborateurs qu'il y aurait « beaucoup de monde dans la rue en septembre » pour s'opposer notamment à une remise en cause de la retraite à 60 ans, le Premier ministre peut se sentir dès aujourd'hui dans la peau d'un fusible en sursis.

Louis BIGOT.