Retraite : une « double peine » selon les syndicats

Publié le 05/07/2011
Quelques jours après la fin de la retraite à 60 ans, un nouvel allongement de la durée de cotisation, plus rapide que prévu, se dessine, une perspective que les syndicats ont qualifié hier de « double peine » pour les salariés.
Retraite : une « double peine » selon les syndicats
Retraite : une « double peine » selon les syndicats
Quelques jours après la fin de la retraite à 60 ans, un nouvel allongement de la durée de cotisation, plus rapide que prévu, se dessine, une perspective que les syndicats ont qualifié hier de « double peine » pour les salariés.

© Vosges Matin, Mardi le 05 Juillet 2011 / France

 

A l'origine de ces craintes : un « avis technique » que doit rendre demain le Conseil d'orientation des retraites (COR). De sources concordantes, il y évoquera l'allongement de la durée de cotisation nécessaire pour une retraite à taux plein à 41,5 ans pour les générations nées à partir de 1955.

Actuellement, cette durée de cotisation est de 40 ans et trois trimestres (pour la génération 1951) et doit passer en 2012 à 41 ans (pour la génération 1952). La réforme des retraites de 2010 a prévu qu'elle passerait ensuite à 41 ans et un trimestre en 2013 (pour les générations 1953 et suivantes).

Mais rien n'est encore décidé pour après, notamment pour la génération 1955, dont le nouvel âge de la retraite est désormais de 61 ans et huit mois. Aux termes de la loi, les personnes nées en 1955 doivent être prévenues au plus tard cette année d'un éventuel changement de la durée de cotisation.

Le COR -- instance indépendante composée de représentants des partenaires sociaux, des parlementaires et de l'Etat -- a donc été chargé de se prononcer sur ce point.

Gains d'espérance de vie

Mais son avis ne sera « en aucune manière une préconisation », seulement la conséquence d'une « application de la règle fixée par la loi du 21 août 2003 », a tenu hier à rappeler son président, Raphaël Hadas-Lebel.

Cette loi stipule que les gains d'espérance de vie à 60 ans doivent se répartir entre un allongement de la vie professionnelle (pour les deux tiers) et de la retraite (pour un tiers).

En juin 2010, lors de la présentation de sa réforme des retraites, le gouvernement avait déjà évoqué le passage à 41,5 ans de la durée de cotisation... mais seulement à l'horizon 2020.

Dans l'intervalle, l'Insee a produit de nouvelles projections sur l'espérance de vie, qui expliquent le nouveau calcul que doit publier le COR.

« C'est clairement une double peine. On ajoute la réforme de 2003 à celle de 2010 », a lancé Phillipe Pihet, chargé des retraites pour FO, rappelant que l'âge minimal de la retraite devait déjà progressivement passer de 60 à 62 ans d'ici 2018, du fait de la réforme de novembre dernier.

« Il faut stopper ces mécanismes, il faut redéfinir ce qu'est une carrière complète, revenir sur l'âge légal, et avoir un dispositif reconnaissant la pénibilité », a estimé son homologue de la CGT, Eric Aubin.

Même la CFDT, qui avait pourtant soutenu le mécanisme introduit en 2003, s'est insurgée. « La logique de la réforme des retraites de 2003, c'était 'on maintient les 60 ans et on va relever la durée de cotisation en fonction des gains d'espérance de vie'», a expliqué Jean-Louis Malys. « Mais le cumul des deux mesures, le recul de l'âge légal à 62 ans et l'allongement de la durée de cotisation, n'est pas acceptable », a-t-il ajouté.

L'UMP, sans se prononcer sur la nouvelle durée de cotisation évoquée, a souligné que « le rôle des responsables publics, c'est d'adapter le modèle social » aux évolutions démographiques.

Sollicité, le gouvernement n'a pas souhaité réagir avant la publication de l'avis du COR. S'il décidait d'entériner un nouvel allongement de la durée de cotisation à partir de la génération 1955, il devrait publier un décret en ce sens avant la fin de l'année.