Retraites : désaccord sur les chiffres

Publié le 15/04/2010
Les projections alarmantes pour les retraites confortent la position du gouvernement et du patronat face aux syndicats.
Retraites : désaccord sur les chiffres
Retraites : désaccord sur les chiffres
Les projections alarmantes pour les retraites confortent la position du gouvernement et du patronat face aux syndicats.

Le Républicain Lorrain, Jeudi le 15 Avril 2010 / IG /

 

Le Conseil d'Orientation des Retraites (COR) devait publier hier soir son rapport, dont l'essentiel est déjà connu. A l'horizon 2050, le besoin de financement du système, tous régimes confondus, atteindrait sans réforme entre 70 et 115 milliards d'euros, en fonction des hypothèses économiques retenues. A l'horizon plus proche de 2030, la fourchette va de 56 à 80 mds.

Ces nouvelles projections avancent de 20 ans les déficits des projections de 2007. Celles-ci avaient bien évalué les effets conjugués du papy boom et du vieillissement, mais elles avaient été réalisées avant la crise économique qui a ébranlé toute la Sécurité sociale.

Les nouveaux chiffres donnent à la réforme des retraites une toile de fond financière, même si beaucoup ont appelé à la prudence pour les interpréter.

« Un petit peu aléatoires » pour Bernard Thibault (CGT), relevant « en partie de la science-fiction » pour Jean-Louis Malys (CFDT), voire de « Nostradamus » pour Jean-Claude Mailly (FO) : les syndicats ont relativisé leur portée, surtout sur 2050, compte tenu des incertitudes économiques.

C'est le Medef qui s'est montré le plus critique, déplorant des scénarios « peu réalistes », notamment pour les taux de chômage envisagés par le COR, jugés trop optimistes (de 4,5 à 7 % selon les scénarios).

Mais les projections du COR ont surtout apporté de l'eau moulin de chacun.

« La crise n'estqu'un accélérateur »

« Le premier enseignement, c'est que c'est la crise, encore en 2030, qui est la cause de la moitié du déficit », a constaté Malys. Pour la CFDT, « ce n'est donc pas aux assurés et aux salariés de payer seuls, parce que ce ne sont pas eux les responsables ».

« L'ampleur des déficits justifie qu'on demande des efforts à tous », a expliqué Danièle Karniewicz (CFE-CGC). « Mais tout le monde doit prendre ses responsabilités, le gouvernement aussi et on ne peut pas laisser entendre qu'il ne peut y avoir que des mesures sur l'âge », a-t-elle ajouté, demandant « de remettre en cause les logiques de répartition des richesses ». Tous les syndicats demandent donc au gouvernement d'ouvrir le dossier des ressources, listant de multiples pistes : élargissement des assiettes des cotisations, réduction des exonérations, taxation du capital, etc.

La première secrétaire du PS, Martine Aubry, les a appuyés dans ce sens, demandant « d'introduire sans tarder de nouvelles ressources dans le système ».

Le Medef, qui plaide pour un recul de l'âge légal, a prévenu dès lundi qu'il ne voulait pas entendre parler de hausse des prélèvements.

Le ministre du travail Eric Woerth a de fait écarté cette piste, dès le début de la concertation. « La crise au fond, ne fait qu'être un accélérateur du problème structurel » du système, a-t-il estimé hier sur RTL, jugeant que le paramètre principal à faire bouger, « c'est l'allongement, à un moment donné, du travail pour faire face au vieillissement de la population ». Le Premier ministre François Fillon affirmait quant à lui que la réforme des retraites n'était pas un enjeu de droite ou de gauche mais seulement « démographique ».