Retraites : dos à dos sur le rythme des réformes

Publié le 13/04/2010
Les leaders syndicaux sont sortis inquiets hier du premier round de concertation sur les retraites, reprochant au gouvernement, qui compte ficeler son projet d'ici à juillet, d'agir dans la précipitation.
Retraites : dos à dos sur le rythme des réformes
Retraites : dos à dos sur le rythme des réformes
Les leaders syndicaux sont sortis inquiets hier du premier round de concertation sur les retraites, reprochant au gouvernement, qui compte ficeler son projet d'ici à juillet, d'agir dans la précipitation.

© Le Républicain Lorrain, Mardi le 13 Avril 2010 / IG /
 

 

Tout au long de cette journée-marathon, les syndicats, dont le secrétaire général de la CFDT François Chérèque (à gauche), se sont opposés au calendrier de réforme annoncé par le ministre du travail Eric Woerth. Photo AFP

Le ministre du Travail Eric Woerth a donné hier le coup d'envoi de la concertation entre les partenaires sociaux et le gouvernement sur la réforme des retraites, dont les grandes lignes seront arrêtées d'ici juin pour un texte présenté en conseil des ministres début juillet et au Parlement début septembre.
DOSSIER

Deux jours avant la publication de nouvelles prévisions de déficit du système, l'ensemble des organisations patronales a fait chorus pour refuser toute hausse des prélèvements.

« Il y a un sujet sur lequel évidemment le gouvernement n'est pas ouvert, c'est l'augmentation des prélèvements », a déclaré Eric Woerth avant de justifier le calendrier : « Il est temps de passer à l'action. »

Le ministre a expliqué que la concertation se prolongerait par des réunions thématiques jusqu'en mai (pénibilité, emploi des seniors, mécanismes de solidarité pour la retraite, pilotage du système) et des réunions spécifiques sur les fonctionnaires.

Un premier « document d'options » sera sur la table en mai, rediscuté ensuite dans des groupes de travail.

François Chérèque (CFDT) a jugé cet agenda « trop court pour aller au fond des sujets ». Selon lui, il présage d'une réforme se limitant à changer les paramètres de l'âge, ce qui risque d'« accentuer les inégalités du système ».

« L'effet Coupedu monde »

Offensif, Bernard Thibault (CGT) a suspecté le gouvernement de vouloir mettre les syndicats devant « le fait accompli », appelant les salariés à faire « un grand 1er mai » pour infléchir les projets du gouvernement. Jean-Claude Mailly (FO) soupçonne l'exécutif de vouloir « jouer sur l'effet Coupe du monde de football », de mi-juin à mi-juillet, pour faire passer la pilule. Il a renouvelé sa proposition d'une journée de grève interprofessionnelle, s'attirant une réponse cinglante de Bernard Thibault, qui lui a reproché d'avoir fait cavalier seul ces dernières semaines. Malgré ces divisions, la CGT, FO et la CFDT, tout comme la CFTC, ont réaffirmé leur attachement à la retraite à 60 ans, à laquelle seule la CFE-CGC pourrait renoncer en cas de « contreparties ». Autre motif de colère pour les syndicats : le gouvernement ferme selon eux la porte à de nouvelles ressources pour les retraites, prélevées sur les revenus du capital, en se focalisant sur l'âge et la durée de cotisation. Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, a reproché au gouvernement de cultiver un « tabou du financement » pour les retraites. Côté patronat, la présidente du Mouvement des entreprises de France (MEDEF) Laurence Parisot a jugé qu'on ne pourrait pas « continuer à résoudre la question des retraites par une augmentation régulière des cotisations, que ce soient celles qui pèsent sur les employeurs ou celles qui pèsent sur les employés ». Selon un sondage TNS-Sofres publié hier, 56 % des Français sont hostiles à un recul de l'âge de la retraite et 38 % sont prêts à manifester.